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 L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.

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Zoubir8
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MessageSujet: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Jeu 17 Mai - 14:49

Je souhaiterais proposer une discussion sur les évennements militaires conduits par la Hagannah et de l'Irgoun ayant aboutit à l'expulsion des Palestiniens en mai 1948.

BENNY
MORRIS/Abstract

"Vingt-quatre massacres
[eurent lieu en 1948]. Dans certains cas, quatre ou cinq personnes
furent exécutées. Dans d'autres, on en exécuta soixante-dix,
quatre-vingts, cent. Il y eut également un grand nombre de
liquidations sommaires. Deux vieillards sont signalés marchant dans
un champ. Abattus. Une femme est trouvée dans un village abandonné.
Abattue. Il y eut des cas tel celui du village de Dawayima [région
d'Hébron], où une colonne pénétra dans le village faisant feu
dans toutes les directions et tuant tout ce qui bougeait. Les pires
cas furent ceux de Saliha (soixante-dix ou quatre-vingts tués), Deir
Yassine (cent ou cent dix), Dawayima (plusieurs centaines), et
peut-être Abou Shusha (soixante-dix). Il n'y a pas de preuve
irréfutable qu'un massacre à large échelle fut commis à Tantoura,
mais des crimes de guerre y furent commis. Un massacre a bien été
commis à Jaffa, mais nous n'avons à ce jour aucun détail sur cet
épisode. De même qu'à Arab al-Mawassi, dans le Nord. La moitié
des massacres eurent lieu dans le cadre de l'opération Hiram [dans
le Nord, en octobre 1948] : à Safsâf, Saliha, Jish, 'Ailabûn,
'Arab al-Mawâsî, Deir al-Asad, Majd al-Kurûm, Sa'sa'. On relève
dans le cadre de l'opération Hiram un taux inhabituellement élevé
d'exécutions de gens que l'on a alignés contre un mur ou liquidés
à proximité d'un puits. Tout ceci ne peut être accidentel. C'est
un schéma. Il semble que nombre d'officiers qui participèrent à
l'opération comprirent que l'ordre d'expulser qu'ils avaient reçu
les autorisait à commettre ces actes pour encourager la population à
prendre la route. Et le fait est qu'aucun ne fut puni pour ces
meurtres. Ben Gourion étouffa l'affaire; II couvrit les officiers
responsables de ces massacres. [...] À partir d'avril 1948, Ben
Gourion veut délivrer un message de transfert. Il n'existe aucun
ordre écrit explicite à ce sujet [...] mais le transfert est dans
l'air. Tout le commandement l'a compris.

Chacun des chefs d'unité
a compris ce que l'on attendait de lui
. »
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boussouf
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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Jeu 17 Mai - 22:14

@Zoubir, merci d'avoir pensé à ce sujet qui continuera à symboliser ce que représente le projet sioniste en Palestine. A ce sujet, je conseille le livre de l'historien palestinien Elias SANBAR: Palestine 1948. L'expulsion, paru aux Editions de la Revue d'études palestiniennes, Paris, 1984.

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 18 Mai - 11:37

excellente initiative zoubir8 de proposer une rubrique ses les événements de la "Nakba, le désastre en langue Arabe" de 1948 ,

ce qui permet également à nos forumiste de ANPDZ.COM de traiter la génése du conflit Arabo-Israélien (bien qu'il soit antérieur par le congrès de Suisse la fin du 19ème siécle et la déclaration de Lord Balfour de 1917).

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 18 Mai - 16:05

@ merci pour vos remarques. Trop de fausses idées sont répandues à propos de ce conflit.
- il faut savoir qu'après la seconde guerre mondiale les stokcs de l'armée US sont plein d'armes d'occasion,
- le Mouvement Sioniste (grâce à l'argent récolté par les tournées de Golda Meir aux USA) importe ces armes (certaines seront stockées à proximité à Chypre),
- afin de contourner le contrôle des Britanniques sur l'importation des armes pour les colons (contrôle imposé suite à la Révolte Palestinienne 1936-1939), certaines armes sont démontées et importées comme matériel agricole,
- le Mouvement Sioniste importe même des machines outils servant à fabriquer munitions et mitraillettes).

Un extrait concernant les armes détenues par la Hagannah (armée secrète sioniste) et ses alliés.
"Même Dominique Lapierre
et Larry Collins, peu suspects de sympathies pro-arabes,
reconnaissent dans leur fameux « Jérusalem » qu'à la
veille de la guerre, « sur le papier, la situation des Juifs n'était
pas aussi désespérée qu'elle le paraissait. La Hagana pouvait
s'appuyer sur un effectif de 60 000 hommes militairement instruits.
Un tiers de ces soldats-citoyens avaient acquis leur expérience dans
la Brigade juive ou quelque autre force armée pendant la Seconde
Guerre mondiale. 28 000 immigrants, pour la plupart d'âge militaire,
attendaient dans les camps de détention anglais de Chypre que les
bateaux les transportent en Palestine dès la fin du mandat.
D'autres, en ce 12 mai, étaient déjà en route sur des navires
bondés venant d'Europe ». Cependant, précisent-ils, « 20 000
seulement des 60 000 juifs militairement instruits étaient mobilisés
[du fait du] manque d'armes. Aux 10 000 fusils qui en constituaient
l'armement de base étaient venus s'ajouter récemment 4 500 fusils
achetés par Ehud Avriel en Tchécoslovaquie et 7 000 mitraillettes
fabriquées dans les ateliers secrets de Haïm Slavine. En dépit de
sa faiblesse, ce armement léger représentait un trésor à côté
de la pénurie d'armes lourdes. [...} Il n 'existait pas un seul
avion de combat dans tout le pays. Les ateliers de Joseph Avidar
avaient recouvert de plaques de blindage quelque 600 véhicules de
toute nature, mais, s'ils avaient offert une réelle protection sous
les balles des embuscades, ils ne seraient que des cercueils roulants
devant les autocanons de Glubb ou les blindés égyptiens ».
Toutefois, Lapierre et Collins ajoutaient : « Sur la table de
travail de Ben Gourion, deux dossiers contenaient les seuls motifs de
croire obstinément en la victoire, et les principaux arguments qui
convaincraient peut-être ses compagnons de proclamer l'État. Dans
ces dossiers figurait la liste des armements achetés à l'étranger
[...]. Entreposés en Europe en attendant que la souveraineté de
l'État juif leur permît de prendre légalement le chemin de la
Palestine, ces armes pourraient changer le cours du conflit. » Dominique
Vidal in "Le Péché originel d'Israël"
. Edition de l'Atelier Paris.


Dernière édition par Zoubir8 le Ven 18 Mai - 16:11, édité 1 fois (Raison : nakba)
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Zoubir8
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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 22 Juin - 20:26

Je poste ce texte de Sylvain Cypel. Il figure dans son livre "Les emmurés" Ed La Découverte. Paris 2005.
Tsahal,
la « pureté des armes » ?


Sylvain Cypel.
2005.


Une
dernière mythologie importante condense et rassemble toutes celles
que nous venons d'évoquer. Il s'agit bien là d'une mythologie dans
l'acception la plus forte : une construction de l'esprit à la
puissance symbolique significative, à la fois structurante et, si
besoin, mystificatrice. Il s'agit de la notion de « pureté des
armes ». « Tohar HaNéchek », dit-on en hébreu. L'expression est
un véritable archétype du langage israélien, répété à satiété,
en toutes circonstances, par ses hommes politiques, ses militaires,
ses éducateurs et ses poètes


La « pureté
des armes »


ou comment
éluder un « océan de mensonges »


Une
version officielle : les Israéliens,


«
justes absolus et uniques victimes »


En
2000, Benny Morris publiait
Tikoun
Taout
[sup]1[/sup]
son premier ouvrage paru en hébreu. Le titre hébraïque est à
double sens. Celui de sa traduction littérale est « corriger une
erreur » et comporte l'idée du rétablissement des faits
historiques. Le second sens s'appuie sur l'acception biblique et
littéraire du mot « tikoun », celle de la « réparation», qui
améliore l'homme, accomplit et poursuit l'oeuvre de Dieu. Manière
de dire que les Israéliens ne peuvent eux-mêmes s'améliorer que
s'ils rétablissent la vérité. Gideon Levy en rédige la critique
pour le supplément littéraire de
Ha'Aretz.
Le titre de son article dit tout du sentiment du journaliste à
l'issue de sa lecture : « Peut-être n'y a-t-il pas eu d'autre
possibilité, mais pourquoi avoir menti durent toutes ces années
[sup]2[/sup]?
». L'article est le plus abouti de tous ceux, publiés en Israël
depuis le début des années 1990, manifestant le désarroi et
l'effroi engendrés par la découverte de la face cachée du passé.


Gideon
Levy a longtemps fait partie d'un groupe de jeunes intellectuels que
l'on désigna en Israël sous l'expression de « Pères Boys », qui
adhérèrent avec ferveur à l'idée d'une réconciliation historique
avec les Palestiniens et soutinrent le « processus d'Oslo ». Il a
commencé à s'en détacher et à critiquer de plus en plus
ouvertement la politique menée par les divers gouvernements
israéliens, en particulier la poursuite de la colonisation pour,
dans un grand isolement, se tourner de façon virulente, dès l'échec
de Camp David et le début de l'Intifada, contre les « versions
officielles » qui en furent données. « Ah s'écrie-t-il en
préambule à son article sur Tikoun Taout, que nous étions bons (et
que de mauvaises actions nous avons commises), que nous étions
justes (et que de malheur nous avons engendré), que nous étions
beaux (et que de laideur nos mains ont forgée). Et ah que nous
étions innocents ! Et que de mensonges nous avons diffusés. Des
mensonges et des semi-vérités que nous nous sommes racontés à
nous-mêmes et au monde. » Levy rejoint la l'ancien archiviste en
chef de Tsahal, Arié Itzhak!, qui estime venu pour Israël le temps
de sortir de l'« océan de mensonges dans lequel nous avons été
élevés
[sup]3[/sup]. »



L'une
des révélations du livre de Morris concerne le contenu des débats
qui se déroulèrent lors du XXe congrès sioniste, tenu à Zurich en
août 1937.


Ils
furent largement consacrés au thème du « transfert » hors de
Palestine de la population arabe. Le principe fit l'objet d'un
quasi-consensus. Un leader travailliste et partisan avoué de
l'expulsion des Arabes aussi important que Menahem Oussishkin le
justifiait alors ainsi : « Nous ne pouvons pas construire un
État juif dont la moitié de la population serait arabe. [..] Un tel
État ne serait pas viable une demi-heure
[sup]4[/sup].
» De fait, au congrès, on débattit bien plus des modalités de
l'expulsion et de son impact politique que de son principe, qui, lui,
était acquis. Ce débat s'inscrivait dans le cadre de la mission
menée en Palestine par la commission Peel, nommée par Londres pour
envisager les moyens de mettre un terme aux hostilités entre Juifs
et Arabes, et qui sera la première à envisager l'option d'un «
transfert de populations » pour séparer les deux adversaires. Berl
Katzenelson, autre très haut dirigeant sioniste travailliste,
souhaitait, lui, réaliser ce « transfert » à l'issue d'un
accord avec Londres et les États arabes, à la condition « que le
principe reste celui d'un transfert d'envergure
[sup]5[/sup].
» Ben Gourion, président de l'exécutif de l'Agence juive, le pivot
du mouvement sioniste, n'était pas en reste : « En maints endroits
du pays, aucune nouvelle implantation ne pourra voir le jour sans le
déplacement des fellahin [paysans] arabes. [...] Il importe que ce
plan émane de la Commission [Peel] et non de nous. [...] Le
transfert rendra possible la réalisation d'un programme global de
colonisation. Par chance, le peuple arabe dispose encore de vastes
terres vierges
[sup]6[/sup].
»


Mais
ce que montre Morris par-dessus tout dans Tikoun Taout, c'est que non
seulement l'Agence juive discuta amplement d'un « projet »
d'expulsion de la population palestinienne dix ans avant sa
matérialisation et créa à cette occasion un très discret «
comité du transfert », mais que sa direction décida de tenir ces
débats-là secrets, de les retirer des archives officielles, et de
nier, à l'avenir, toute velléité de mise en oeuvre ordonnée et
préconçue d'une expulsion. Le 30 janvier 1941, le futur premier
président de l'État juif, Haïm Weizmann, évoquait cependant
devant l'ambassadeur soviétique à Londres « le transfert d'un
demi-million d'Arabes
[sup]7[/sup]
» de Palestine. Et Ben Gourion ne se faisait pas d'illusions : « Un
transfert total sans recours à la force est difficilement
concevable
[sup]8[/sup]
», écrivait-il dans un mémorandum interne, en octobre de la même
année. « Ils ont menti, oh qu'ils ont menti », se lamente, rageur,
G. Levy, qui constate que ces « mensonges » ont ensuite été
institutionnellement codifiés et insérés dans une vision
mythologique — Israël n'a jamais expulsé ni voulu expulser
quiconque... —, qui perdure à ce jour pour l'immense majorité des
Israéliens.


Pourquoi,
une fois l'expulsion réalisée, en 1947-1949, les dirigeants
israéliens ont-ils ensuite structuré une réécriture systématique
des événements ? se demande Levy. Ainsi, dans les premières années
1950, on présenta les « mistranénim », les « infiltrés »
palestiniens que l'on attrapait cherchant à entrer en Israël, comme
des « terroristes assoiffés de sang », alors qu'ils n'étaient,
dans l'immense majorité des cas, que des fellahs expulsés tentant
d'accéder à leur ancien foyer de l'autre côté de la frontière,
pour essayer d'y récupérer un bien, ou seulement de savoir ce qu'il
en était advenu. Gideon Levy, dans sa quête inassouvie de réponses
et sa conviction qu'elles sont aujourd'hui impérativement
nécessaires à la sortie du conflit — « si vous voulez comprendre
l'insurrection palestinienne, lisez Morris », écrit-il —, fournit
un cadre d'explication : « Les Arabes ont toujours été les
méchants, et nous étions des justes absolus, ou les uniques
victimes. Nous ne sommes "pour rien" dans leurs malheurs.
Voilà ce qu'on nous a raconté
[sup]9[/sup].
»


Ce
leitmotiv-là constitue toujours le socle de la « mentalité moyenne
» des Israéliens, son ferment le plus prégnant, celui de l'homme
de la rue, des hommes politiques comme de l'intelligentsia ; un socle
enraciné en 1948 et ses lendemains immédiats, et dont les
fondements avaient accompagné la constitution du ychouv juif de
Palestine dans les cinquante années précédentes. Nous sommes des
victimes, pour rien dans le malheur de l'autre...


Gideon
Levy raconte qu'à l'été 2003, rentrant de reportage dans un
village des Territoires occupés, il narre à une proche que les
Palestiniens y vivent depuis cinq jours sans aucune eau, qui y a été
coupée. « Pourquoi, demande-t-elle, ils n'avaient pas payé ? »
Elle, si on lui coupe l'eau, c'est parce qu'elle accuse un retard de
paiement. Pourquoi en serait-il autrement des Palestiniens ? « Ainsi
sommes-nous faits, dit Levy avec accablement. C'est un réflexe
presque pavlovien : le malheur de l'autre est toujours forcément de
sa faute, nous n'y avons jamais aucune responsabilité
[sup]10[/sup].
»





Les
principaux éléments constitutifs


du
déni initial israélien





Demandez
à un Israélien ce qui s'est passé le 29 novembre 1947. Dans 95 %
des cas, la réponse fusera, instantanée : « Les Nations unies ont
voté la création de l'État d'Israël. » C'est exact, mais c'est
précisément le type de « semi-vérité » qui, dans l'occultation
de la partie manquante, induit tout un discours subséquent axé sur
le « refus arabe de la partition de la Palestine, acceptée par
Israël » : la « faute », le « péché originel », devient ainsi
le seul fait de l'adversaire. En réalité, la résolution 181 de
l'Assemblée générale de l'ONU recommande un « plan de partage »
de la Palestine en deux États indépendants, l'un « arabe » et
l'autre « juif », destinés à être liés par « une union
économique ». Cette résolution, à ma connaissance, n'est jamais
parue dans son intégralité en hébreu. De fait, le ychouv n'en a
retenu que ce qui répondait à ses attentes, et rejeté de son
esprit, dès la première seconde, tout ses attendus « dérangeants
». Ainsi, comme par prescience des risques encourus par
l'application de ce plan, cette résolution stipulait aussi, par
exemple, qu'« aucune expropriation d'un terrain possédé par un
Arabe dans l'État juif/par un Juif dans l'État arabe ne sera
autorisée, sauf pour cause d'utilité publique ». On sait ce qui
est advenu de cet aspect-là de la résolution, Israël s'octroyant
d'autorité les terres des « absents » — soit environ 60 % de son
propre territoire (sans compter le Neguev, dont presque aucune terre
n'était inscrite au cadastre, mais où nombre de Bédouins furent
également dépossédés).


Qu'importe
ces « détails », dira-t-on, l'essentiel n'est-il pas que les Juifs
ont accepté la partition, alors que les Arabes l'ont refusée ?
C'est, historiquement, loin d'être si simple. En effet,
l'acceptation du partage par le ychouv était accompagnée de divers
postulats jamais énoncés, mais pour lui fondamentaux, perçus comme
existentiels.
Le
premier
revenait,
précisément, à rejeter toute constitution du second État que la
partition était censée instaurer. Pour que naisse l'État juif,
dans l'esprit des dirigeants du ychouv, il était également
impératif que ne naisse pas l'État arabe prévu de Palestine. D'où
les négociations, entamées dès avant le vote onusien avec la
monarchie hachémite de Trans Jordanie, pour, de conserve, empêcher
la création concomitante d'un État palestinien. « Fin 1947, écrit
l'historien Avi Shiaïm, deux plans de partage, et non un, avaient vu
le jour : l'un était né à New York, porteur du cachet officiel de
la communauté internationale et appelant à la création de deux
États indépendants [...], l'autre, conçu secrètement à
Naharayim, fruit d'une alliance entre les sionistes et les
Hachémites, envisageait la création d'un seul État et l'annexion
du reste de la Palestine par la Transjordanie
[sup]11[/sup]»

Le
deuxième « postulat caché »

israélien fondant le rejet des éléments « dérangeants » inclus
dans le partage onusien était la conviction, parfaitement fondée,
que la création de l'État juif signifierait une guerre avec les
États environnants, et qu'elle entraînerait, pour peu qu'Israël
l'emporte, une extension de ses frontières. Politiquement réaliste,
Ben Gourion n'acceptait les frontières de la partition que comme un
pis-aller irréaliste, que les « faits sur le terrain » auraient
vite fait d'abroger. « Nous sommes disposés à accepter la création
d'un État juif sur une partie significative de la Palestine, tout en
affirmant notre droit sur toute la Palestine
[sup]12[/sup]
», déclarait-il aux représentants de l'ONU deux mois avant le vote
de la résolution. Et, pour convaincre ses nombreux partisans
travaillistes qui rechignaient à abandonner le projet initial de
conquête de ce qu'on nommerait aujourd'hui le « Grand Israël »
(la totalité de la Palestine mandataire
[sup]13[/sup],
il ajoutait : « Dès que nous serons devenus puissants, une fois
notre État établi, nous annulerons [la partition] et nous nous
étendrons sur tout le territoire d'Israël
[sup]14[/sup].
» II ne faisait que reprendre une idée émise dix ans avant : « Un
État juif dans une partie de la Palestine n'est pas une fin en soi,
mais un commencement. Un territoire [...] nous permettra ensuite de
mettre plus facilement la main sur la totalité de la Palestine, fera
effet de levier
[sup]15[/sup]
», écrivait Ben Gourion en 1937 à son fils Amos.



Le
troisième postulat

était lié à la conscience aiguë, profondément ancrée dans
l'immense majorité des dirigeants du ychouv, travaillistes comme
révisionnistes, que l'État juif ne le serait que de nom si la
partition se déroulait selon les recommandations de l'ONU. Seuls
certains sionistes de gauche du Mapam tentèrent un peu d'y résister,
en soutenant l'idée d'un État d'Israël « binational ». Car cet
État, si la résolution onusienne avait été appliquée telle
quelle, aurait de fait été « binational » dès l'abord. Selon le
plan de partage, il devait compter 45 % d'autochtones : une
population palestinienne qui, vu le différentiel de taux de
croissance démographique avec les Juifs, et quel que soit le rythme
de leur immigration, serait inéluctablement devenue assez vite
majoritaire.


Les
citations de dirigeants du ychouv abondent, montrant que cette
possibilité-là était exclue à leurs yeux ; qu'une modification
radicale de la répartition ethnique dans l'État juif à naître
constituait, pour eux, un espoir et un enjeu fondamental. Et quelle
autre modification eût pu être plus radicale que la mise en œuvre
du « transfert » tant espéré ? À la tête de la puissance manda
taire, le travailliste britannique Ernest Bevan expliquait, bien
avant que la résolution onusienne ne soit adoptée, qu'aucune
solution diplomatique de partage de la Palestine ne serait viable
sans « transfert de populations », et que, si celui-ci n'était pas
inscrit dans la résolution, il en serait quoi qu'il arrive
l'inéluctable conséquence (d'ailleurs, il tenta d'en promouvoir le
principe). Et dès le vote onusien, certains sionistes en eurent une
conscience aiguë, telle Hannah Arendt, qui « mit en garde contre
ses conséquences : elle prédit qu'elle mènerait inévitablement à
l'expulsion des Palestiniens et à la violation de leurs droits
[sup]16[/sup]
».


De
fait, une fois le partage voté à l'ONU, une victoire arabe en 1948
aurait sans doute signifié non seulement la fin de l'État d'Israël,
mais aussi de la présence physique d'une communauté juive autonome
en Palestine. À l'inverse, dans l'esprit des dirigeants du ychouv,
une victoire israélienne ne pouvait passer que par l'expulsion
massive des Palestiniens, seul moyen d'ancrer dans les faits un «
État juif », de s'assurer que la « balance démographique » ne
pencherait pas rapidement dans un sens qui verrait l'État en
question avoir une majorité de citoyens arabes.






Conjugués,
ces trois principaux non-dits ont fabriqué la principale fable de
l'historiographie officielle israélienne, martelée deux générations
durant, jusqu'aux années 1990 : « Les Arabes sont volontairement
partis. » De toutes les légendes qui furent forgées, celle de la «
fuite volontaire » des Palestiniens a le plus souffert des travaux
des « nouveaux historiens » israéliens. Hormis ceux pour lesquels
l'aveuglement ou le cynisme sont une seconde nature, il n'en reste
rien.


Les
données sont simples : le partage alloue 14 000 km2 à l'« État
juif » à naître, qui inclut à ce moment 558 000 Juifs et 455 000
Arabes ; et 11 500 km2 à !'« État arabe » de Palestine, incluant
804 000 Palestiniens et seulement 10 000 Juifs ; 106 000 Arabes et
100 000 Juifs résident dans ce qui doit devenir, entre Jérusalem et
Bethleem, une « zone internationale », qui ne verra jamais le jour.
Aux Palestiniens destinés à se retrouver dans l'État juif vont
s'ajouter 470 000 habitants des territoires qu'Israël va conquérir
durant la guerre. De ces 875 000 Palestiniens qui auraient dû se
retrouver dans ce qui constitua Israël à l'issue de la guerre, il
n'en restera, après de nouvelles expulsions survenues après le
cessez-le-feu avec les États arabes, que 150 000. Les autres —
soit 82 % d'entre eux—se sont retrouvés expulsés : soit manu
militari, pour une moitié environ, soit sous les influences
conjuguées de la menace, de la teneur et du sentiment d'abandon et
d'impuissance qui envahit ceux qui y


furent
soumis.


Comme
le résume d'une phrase Benny Morris, pour la période charnière
d'expulsions massives d'avril-juillet 1948, faisant aussi au passage
le lit de la légende des « appels à partir lancés par les
dirigeants arabes », constatant non seulement qu'il n'y en a aucune
trace mais que les archives israéliennes montrent précisément
l'inverse : « Jamais, écrit-il, la population palestinienne
n'abandonna ses maisons avant qu'une attaque ait eu lieu
[sup]17[/sup].
» Morris montre que la légende des « appels du mufti et des
dirigeants arabes » aux Palestiniens à s'enfuir est une
fabrication. Longtemps, en effet, la « version officielle »
israélienne prétendit que les dirigeants arabes avaient eux-mêmes
appelé les Palestiniens à s'exiler, pour laisser leurs armées
nettoyer la Palestine et « jeter les Juifs à la mer ». Morris
démontre qu'en réalité leur comportement fut exactement inverse,
que cette thèse est une invention des dirigeants israéliens
parfaitement au courant des faits opposés. Polémiquant avec l'un de
ses plus virulents critiques, l'historien israélien ShabtaïTéveth,
qui cherche à accréditer, au moins pour la période qui précède
l'établissement de l'État hébreu, la « version officielle » si
longtemps martelée par les institutions israéliennes, Morris
rétorque : « Les services de renseignement de la Hagana et les
missions diplomatiques occidentales au Moyen-Orient, à cette époque,
apprirent, enregistrèrent et citèrent des ordres et des appels
arabes aux Arabes de Palestine, du roi Abdallah, du commandant de
l'Armée de libération arabe Fawzi Kawoukji et de Radio-Damas, leur
demandant de rester dans leurs foyers ou, s'ils étaient déjà
exilés, de retourner en Palestine
[sup]18[/sup].
»


Maisons
et villages entiers furent, sur ordre, rasés de la carte, parfois
très rapidement après leur conquête, d'autres jusqu'en 1952. En
tout, quelque 400 villages palestiniens « disparurent », sur 500
[sup]19[/sup].
La plupart (350, selon Flapan) avaient été « incendiés, dynamités
et minés » immédiatement après l'expulsion des habitants. À
l'exception des cités de Ramleh et Lydda, dans les grandes villes,
comme Haïfa, Safed, Tibériade, Jaffa, une partie de Jérusalem,
l'expulsion fut mise en œuvre avant le déclenchement de la guerre
israélo-arabe, et les appartements des « absents » furent
distribués avant même son achèvement. Des Israéliens se
disputèrent entre eux à Jaffa pour prendre possession de certaines
villas « abandonnées ». À Jérusalem, les plus belles maisons
ottomanes d'un quartier résidentiel furent allouées à des
officiers du Palmakh méritants.


La
réalité est que l'expulsion fut souhaitée, coordonnée,
accompagnée d'exactions systématiques et de tueries contre la
population civile, les propriétés villageoises rasées sur ordre
(de manière très inégale selon les zones dans un premier temps),
et que cette expulsion fut menée à bien, pour près de la moitié,
avant même que les États arabes n'attaquent Israël. Les faits
révélés longtemps par les historiens palestiniens, à partir de
témoignages, sont désormais si vérifiés, si abondants, si
accrédités par des directives militaires mais aussi politiques
(quoique, du côté israélien, des archives restent encore
inaccessibles), que la tentative de les nier paraît désormais
dérisoire. Il suffit d'indiquer les mots mêmes que les rapports de
commandants locaux utilisaient, tels qu'ils apparaissent dans les
archives de Tsahal : tel village avait été « épuré » (en hébreu
« touhar », qui peut aussi se traduire par « purifié »), dans
telle zone l'« opération nettoyage » (mivtzah nikayion) avait été
un succès. Les termes étaient immédiatement compris pour ce qu'ils
signifiaient : la population avait été expulsée.


On
l'a vu, l'idée du « transfert » de la population arabe locale
avait été longuement émise par de nombreux dirigeants du ychouv
[sup]20[/sup],
et sérieusement discutée depuis une dizaine d'années lorsque est
décidé le partage de la Palestine. Mais une intention générale,
un souhait, même si sa réalisation est vivement espérée,
n'équivaut pas à une préméditation de l'acte au moment où il est
commis. Aucun « plan général d'expulsion », aucun « projet »
écrit en ce sens n'ont été mis au jour par les historiens, bien
que les indices, nombreux, abondent en ce sens, en particulier, bien
entendu, le fameux « plan D », adopté par l'état-major de la
Hagana le 28 mars 1948, alors que les expulsions sont déjà
engagées, et qui ouvre la phase d'offensive militaire et de «
transferts » massifs en leur fournissant ce que Benny Morris nomme
un « ancrage stratégico-idéologique
[sup]21[/sup]
». Flapan rappelle que ce plan prévoit la « destruction de
villages, d'armées ennemies et, en cas d'opposition lors des
perquisitions, l'expulsion des populations vers des points situés
hors des frontières de l'État
[sup]22[/sup]».

«
Longtemps, explique Ilan Pappé, je me suis préoccupé de savoir
s'il y avait eu ou non un plan global d'expulsion des Palestiniens en
1948. Jusqu'à ce que je réalise que je me fourvoyais
[sup]23[/sup].
» Ses recherches, conclut-il, l'ont amené à la conclusion que
l'essentiel, pour la mise en oeuvre d'un projet longtemps mûri, ne
tient pas à la préexistence d'un « plan global » (masterplan). «
Ce dont vous avez besoin, c'est d'une atmosphère, de gens
endoctrinés, d'une communauté idéologique, vous avez besoin de
chefs à chaque maillon de la chaîne de commandement qui sauront
quoi faire le moment venu, même s'ils ne reçoivent pas d'ordre
explicite en ce sens
[sup]24[/sup].
» Une vision corroborée par ce fait patent : lorsque les premières
expulsions sont entreprises, aucun commandant local ne reçoit
l'ordre de cesser d'y procéder. Chacun peut dès lors comprendre,
sans qu'elle ait besoin d'être formulée, quelle est la direction à
suivre.


Finalement,
les « preuves » mêmes de la volonté d'expulser, de la conviction
partagée par l'immense majorité des Juifs du ychouv qu'elle est la
condition préalable à l'existence pérenne de l'État d'Israël, ne
se trouvent-elles pas précisément dans le déni dont elles vont
faire l'objet ? Tous les dirigeants israéliens vont dès lors
marteler non seulement que les Palestiniens ont « fui volontairement
», mais que leur État n'en a « pas expulsé un seul
[sup]25[/sup]
». Quel peut être le sens profond d'une annulation instantanée
aussi spontanée d'un fait historique désormais reconnu à la fois
comme patent et fondateur, qui fournit à l'identité juive de
l'État, inscrite dans ses Lois fondamentales, sa matérialité
physique ? Retour aux questions qui taraudent Gideon Levy. «
Peut-être, écrit-il, fallait-il nous comporter comme nous l'avons
fait. Peut-être qu'il n'y a pas eu d'autre possibilité. Mais
pourquoi avoir menti toutes ces années ? Pourquoi ne pas dire : un
droit s'est confronté à un autre, une victime en a rencontré une
autre et ce qui en est résulté était inévitable. Nous avons dû
les expulser. C'était eux ou nous. Cela serait beaucoup plus
convaincant que le mensonge
[sup]26[/sup].
»


Pourquoi
n'avoir pas dit cela ? Pourquoi s'être muré dans le déni des faits
et de la responsabilité ? Sans doute parce qu'une version plus
équilibrée n'eût pas été, elle non plus, exempte de
contradictions. Levy constate que, si lorsqu'on commence d'envisager
les choses sous l'angle de la responsabilité partagée, il apparaît
vite que nombre des actes commis par les Israéliens n'avaient rien
d'« inévitable ». Et surtout, parce que la mise en place d'un
mensonge étanchement verrouillé est plus efficace pour la
constitution d'une image de soi valorisante que d'admettre une
vérité. La reconnaissance d'une expulsion pour le moins vivement
souhaitée, mise en oeuvre de manière concomitante à
l'établissement de l'État, heurtait trop profondément les
tropismes fondamentaux du ychouv. Accepter une équivalence, une
forme de parité victimaire, dans le rapport aux Palestiniens — «
une victime a rencontré une autre victime » — serait revenu à
abattre l'une des pièces maîtresses de la conception générale de
la majorité du ychouv, son image de soi profondément ancrée de
victime unique, d'agressé constant lui-même vierge de toute
agressivité — et ce, dans un moment où, même si un nombre infime
de rescapés de la Shoah participèrent à la guerre de 1948 dans les
troupes de choc qui mirent en œuvre l'expulsion, l'extermination
très récente des Juifs d'Europe contribuait à donner au ychouv un
statut d'héritier politique putatif des victimes du crime parmi les
crimes.


Idéologue
du Mapam, le parti de la gauche sioniste, Simha Flapan résuma ainsi
cette attitude : « Pour la plupart des Juifs de Palestine, les
Palestiniens arabes furent toujours marginaux, vivant hors de la
société juive, même s'ils formaient la majorité. Leur présence
ne fut ressentie que lorsqu'ils prirent les armes contre ce qu'ils
considérèrent comme un empiétement sioniste sur leurs droits et
leurs biens. Et ce que [les Palestiniens] considéraient comme une
défense apparut dans la conscience sioniste comme l'intrusion de la
violence dans l'effort pacificateur des colons juifs. [...] La
droiture qui permettait aux Juifs de défier les normes éthiques
acceptées fut intensifiée par le fait qu'ils projetèrent sur les
Arabes la colère et la volonté de vengeance qu'ils ressentaient à
l'égard des nazis. Un processus facilité par la propagande, qui
dépeignait constamment les Arabes comme les disciples de Hitler
[sup]27[/sup].
»


Dire
alors « c'était eux ou nous, il n'y avait pas d'autre possibilité
» eût été admettre que, même à son corps défendant, le
nettoyage ethnique était constitutif de la nature du ychouv. De
fait, l'idée « eux ou nous » était, fondamentalement, la vision
de la droite ultranationaliste du camp israélien, beaucoup moins
encline que la direction travailliste à se prévaloir de valeurs
universelles
[sup]28[/sup].
« Eux ou nous », c'était s'aligner sur les positions d'un Vladimir
Jabotinsky, chef historique du sionisme révisionniste, qui
expliquait depuis longtemps que le conflit avec l'environnement arabe
était insoluble, que l'implantation juive agressait la population
indigène et qu'il était vain d'imaginer qu'elle n'y réagirait pas
; que donc seule l'instauration d'une « muraille d'acier », seule
une main de fer démontreraient aux Arabes l'inanité de l'espoir
d'en finir avec le sionisme. Eux ou nous, nous contre eux, c'était
avaliser une vision ethniciste du conflit, une vision où, right or
wrong, la force prime sur le droit
[sup]29[/sup],
la force impose son propre droit, qui vient l'avaliser.


Rapidement,
la vision de la primauté de la force a très largement imprégné la
société israélienne, structurant toute sa conception sécuritaire,
tout en étant assumée de manière incomplète et ambivalente. Elle
contribua à créer ensuite, à partir de l'occupation de 1967, une
image de soi trouble et « schizophrène », dans laquelle la
justification des pires méfaits, au nom de l'autodéfense légitime,
se mêle à la perpétuation de leur déni. Mais, aux lendemains de
1948, elle restait trop antagonique avec l'image que la direction du
ychouv cherchait à promouvoir : celle d'un conflit entre un camp
portant les valeurs de civilisation, de paix, de progrès,
d'émancipation, de liberté, face à un camp, celui des « Arabes »
en général, rétrograde et agressif. Cette direction choisit en
conséquence d'ériger le déni des faits et des responsabilités en
histoire officielle.








Le
passé absent de la littérature





Lorsque
la guerre du Kosovo éclata, en 1999, un éditorialiste israélien
s'écria en substance : « Quelle chance nous avons eu que CNN n'ait
pas existé en 1948 sinon le monde entier aurait pu voir en Palestine
les images que nous voyons aujourd'hui.. Il faisait référence aux
colonnes de Kosovars s'enfuyant vers l'Albanie ou la Macédoine
proches. « Dor Tachakh » (la génération de 1948), ses combattants
au premier rang, n'a pas pu ne pas voir les colonnes de Palestiniens
sur les routes, en voiture, en carriole, à dos de mulet, à pied sur
tout, par dizaines ou centaines le plus souvent, par dizaines de
milliers après les évacuations des grandes villes : 60 000 fuirent
Haïfa en trois jours après les bombardements, 70 000 furent
évacués à la pointe du fusil de Lydda et Ramieh, qui en camions
préparés à l'avance par les Israéliens, qui à pied ou à dos
d'âne L'ancienne soldate de 1948 Tikva Honig-Parnass, cinquante ans
après les faits, essaie de comprendre ses motivations dans sa
participation active à l'expulsion, en toute bonne conscience, avec
le sentiment d’être du côté de la justice. Elle retrouve, dans
les lettres envoyées alors à sa mère, l'« occultation totale de
l'"ennemi" en tant qu'humain
[sup]30[/sup]
» qui, écrit-elle, les caractérisait alors, elle et ses compagnons
d'armes. Elle évoque la « transparence » de la population indigène
aux yeux de cette génération ; population


avec
laquelle elle n'avait eu jusque-là aucun contact et devant laquelle
elle passait sans la voir », « l'absence supposée d'affect, ni
joie ni haine, vis-à-vis des Arabes palestiniens. Cette attitude
correspondait à la vision des Arabes comme un "objectif
environnemental" qu'il fallait gérer de manière rationnelle
[sup]31[/sup].
Elle correspondait, aussi, à l'éducation de cette génération,
élevée dans le culte du « nouveau Juif », définitivement
exempt des tristes tropismes supposés qui avaient affecté les Juifs
de la galout (diaspora), les avaient rendus « faibles », «
malades », dont la « sensiblerie » était bien le
pire des travers. Elle cite dans son article, une des lettres
envoyées à sa mère à 1’époque.



«
Parmi nos éclaireurs, écrivait-elle, il y a deux Américains
arrivés ici il y a un mois et demi seulement. Des gars formidables.
Mais hier, quand ils ont vu tous ces Arabes, ces femmes et ces
enfants rentrer dans leur village, affames, ils les ont pris en
pitié. Le soir, ils se sont mis à crier. Ils disaient que si 1’État
juif n'est pas en mesure de prendre en charge l'économie des
territoires qui conquiert, alors il n'a nul besoin de mener cette
guerre. Ils disaient aussi qu il ne faut pas tuer des Arabes hors
de toute nécessité. Bref, concluait la soldate, ces sionistes
idéalistes, avec leur attitude philanthropique envers la vie et le
monde, sont parfois très énervants
[sup]32[/sup].
» Et d'ajouter, rétrospectivement, combien ce passage de sa missive
est « typique de la génération de 1948. À l'inverse de la
distance et de l'indifférence que je manifestais devant le destin de
ces femmes et enfants affamés, j'exprimais des sentiments énergiques
de mépris et de colère, au contraire, pour ceux qui avaient osé
manifester à leur égard des sentiments humains
[sup]33[/sup]
».


Cinquante-cinq
ans plus tard, dans la seconde Intifada, les mêmes « distance et
indifférence » pour le sort fait aux Palestiniens et les méthodes
utilisées à leur égard émergeront puissamment du sein de la
société israélienne, accompagnées d'une dérision similaire pour
« les belles âmes » israéliennes, indignées par la répression
et la déshumanisation du quotidien des Palestiniens, et d'un mépris
affiché envers toute « attitude compassionnelle », perçue comme
le symptôme d'une faiblesse perverse et d'une détestable haine de
soi.


Pour
éviter la propagation potentielle d'une « très énervante »
attitude compassionnelle, source potentielle de remise en cause
politique, mieux valait, cependant, occulter les faits de la mémoire
collective. On le verra bientôt en détail, dans les livres
scolaires israéliens, jusqu'au milieu des années 1990, les aspects
« civils » de la guerre d'Indépendance seront réglés en quelques
lignes. « Enfuis volontairement »... Fermez le ban. Politiquement,
la « question palestinienne » n'y existe pas. La littérature offre
un exemple fort, parce que indépendante de directives politiques, de
cette occultation des faits essentiels du passé. En 1950, l'écrivain
israélien S. Yzhar (Yzhar Smilanski) publie une nouvelle, intitulée
Khirbet Khizeh (La ruine de Khizeh). Il y décrit l'investissement
d'un village par les forces israéliennes, les exactions,
l'expulsion. L'oeuvre restera assez célèbre en Israël, sans
susciter aucune remise en question historiographique. Vingt-sept ans
plus tard, sur un scénario de Daniela Carmi, le cinéaste israélien
Ram Levy en fera un téléfilm, qui fera l'objet de diverses
polémiques. Essentiellement : devait-il être montré à la
télévision publique ? Le compromis consistera à accepter sa
projection — mais pas en « prime time ». Le soufflé retombera
vite. Après « Khirbet Khizeh », il faudra attendre trente-cinq ans
avant qu'une nouvelle oeuvre lit-


téraire
évoque les événements cachés du passé, avec la trilogie
romanesque de Netiva Ben Yehuda, elle aussi basée sur des souvenirs
personnels, publiée à partir de 1984
[sup]34[/sup].
L'auteur évoque, en particulier, le massacre d'Ein Zeitoun, les
exactions et humiliations des civils palestiniens. Depuis, la mémoire
des événements de 1948 a progressivement intégré l'espace
intellectuel et artistique israélien, mais dans une mesure qui reste
marginale.





«
Les Palestiniens n'existent pas »,


les
réfugiés non plus



Les
deux principales reconstructions historiques, celle qui ignore les «
éléments dérangeants » du plan de partage onusien et celle qui
transforme les victimes d'un nettoyage ethnique en responsables de
leur propre sort
[sup]35[/sup],
vont créer deux « fondamentaux » israéliens qui vont perdurer
politiquement durant près de quarante ans, dans l'action
gouvernementale comme dans les mentalités populaires. Le premier
considère, comme le répéta plusieurs fois Golda Meir, diplomate et
Premier ministre de 1969 à 1974, que « les Palestiniens n'existent
pas, il n'y a que des Arabes ». Le second nie aussi la composante la
plus essentielle de l'identité palestinienne : celle d'être,
précisément et avant tout, un « peuple de réfugiés ».
Longtemps, pour les Israéliens, il n'y aura pas plus de « réfugiés
» que de « Palestiniens », puisque les personnes concernées ont «
choisi » de partir. Il n'y a que des gens qui ont fait le mauvais
choix au mauvais moment — à ceux qui dirigent les pays arabes où
ils se trouvent de s'en occuper. Les réfugiés ne sont pas un
problème qui concerne Israël.


Avec
la réémergence d'un mouvement national palestinien organisé,
l'occupation de Gaza et de la Cisjordanie à partir de 1967 et
surtout la première Intifada en 1987, la première de ces
reconstructions va progressivement se fissurer. L'acceptation de
l'existence de l'autre peuple mènera à l'accord d'Oslo,
parallèlement à l'acceptation palestinienne de la « réalité »
d'Israël. Désormais, même parmi les adversaires les plus farouches
d'Oslo, peu en Israël contestent encore l'existence du peuple
palestinien. Au contraire : revenant à Jabotinsky et au « mur
d'acier », les ennemis les plus conséquents des Palestiniens, y
compris un ultranationaliste comme le rabbin Benny Elon, chef du «
parti du transfert », justifient aujourd'hui leur refus de tout
compromis territorial précisément par le caractère national
irréductible de l'adversaire
[sup]36[/sup].
De ce point de vue, les Palestiniens ont « gagné » : leur «
oubli » dans l'historiographie officielle israélienne, la thèse de
leur « inexistence » en tant qu'entité distincte, ont été
largement expurgés des consciences israéliennes. Certes, pas de
toutes : pour une Limor Livnat, ministre de l'Éducation, les
Palestiniens continuent de ne « pas exister » : Arafat,
écrivait-elle en 2001, «est égyptien
[sup]37[/sup]»...

En
revanche, le tabou quant à la responsabilité dans la création du
problème des réfugiés, lui, est resté extraordinairement
prégnant. Que dit, cinquante-trois ans plus tard, le chef du
gouvernement israélien, Ariel Sharon, dernier représentant actif,
avec Shimon Pères, de la « génération 1948 » ? Évoquant les
pourparlers menés avec l'Autorité palestinienne à Taba, en
décembre 2000-janvier 2001, il s'offusque : « II était question
qu'Israël reconnaisse sa responsabilité dans le problème des
réfugiés, alors que, sur ce sujet, les Israéliens n'ont rien à se
reprocher
[sup]38[/sup].
» Son prédécesseur, le travailliste Ehoud Barak, déclare de son
côté : « Nous ne pouvons pas accepter la responsabilité
historique de la création du problème
[sup]39[/sup].
» La nuance est, à vrai dire, de taille. Le premier maintient le
déni radical, celui énoncé par Ben Gourion, écorné depuis vingt
ans et qu'il s'agit de restaurer (son ministre de l'Éducation, Limor
Livnat, s'y emploiera dès son intronisation, en mars 2001) : Israël
n'a rien commis qu'il doive « se reprocher ». La réponse du second
est autrement plus sophistiquée, et bien plus difficile à « tenir
» politiquement : quoi qu'aient commis les Israéliens, dit Barak,
ils ne « peuvent pas » le reconnaître. Il n'explique pas pourquoi,
mais on le devine, tant l'admission d'une quelconque «
responsabilité historique » dans le destin du peuple palestinien
suscite en Israël de crainte pour la préservation de sa propre
image.


Sharon
représente ces Israéliens qui, aujourd'hui, estiment qu'il n'y a,
au fond, aucune autre solution au conflit hormis « terminer le
travail » entrepris en 1948. Ceux qui rêvent, et des sondages
récurrents montrent qu'ils sont nombreux, d'« aller jusqu'au bout
», selon l'expression de Benny Morris
[sup]40[/sup]
: s'il n'y a « rien à reprocher » au « transfert » de 1948,
pourquoi serait-il illégitime de souhaiter qu'il se répète ? Barak
exprime le point de vue de ceux qui jugent que mieux vaut oublier
cette « vieille histoire », trop compliquée, mais qui savent aussi
qu'il est vain d'espérer faire « comme si » la question
palestinienne n'existait pas. Ceux-là sont partisans d'une «
séparation », bienvenue à la condition qu'elle assure aux
Israéliens le maintien d'un rapport de domination sur leur
adversaire-partenaire. Ce sera, on va le voir ultérieurement, la clé
de l'échec des négociations de Camp David.


Dernière édition par Zoubir8 le Ven 22 Juin - 22:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 22 Juin - 20:26

(suite)

David et Goliath

Diverses autres reconstructions historiques mythifiées, issues de la guerre
de 1948, sont restées très présentes à ce jour, toutes liées à
la construction d'une identité nationale fondée sur le statut de
victime, dénuée de toute agressivité, dans les actes comme les
intentions.


La
principale est celle, constitutive jusqu'aujourd'hui de l'identité
israélienne, de « David affrontant Goliath ». Elle dérive
directement de la vision de la guerre de 1948 présentée à la
population : » Un petit État envahi par cinq États », « 600 000
Juifs contre 30 millions d'Arabes ». Hormis le fait que cette vision
élude une donnée fondamentale — Israël bénéficia du soutien
politique et de la Maison-Blanche et du Kremlin, ce qui, dans les
conditions de l'époque, constituait un avantage à la fois unique et
cardinal —, elle passe sous silence surtout les données brutes du
rapport des forces militaires. On sait désormais que le ychouv, y
compris dans la courte période qui suivit l'attaque des pays arabes,
deux à trois semaines où il connut de réelles difficultés
militaires, disposa dès le départ, lors de la guerre civile avec
les Palestiniens et les « bandes arabes » venues les soutenir, qui
précède et suit la résolution de l'ONU, puis au moment de
l'attaque des États arabes et jusqu'aux accords de cessez-le-feu
avec eux, d'une supériorité militaire qui alla croissant, jusqu'à
devenir écrasante.


Cette supériorité, en quantité et qualité tant du « matériel humain[sup]41[/sup]
», comme disent les généraux, qu'en armements, blindés, pièces
d'artillerie et aviation, est désormais établie par les historiens.
Pour résumer, le 15 mai 1948, lorsque les États arabes attaquent,
ils déploient 28 000 soldats. En face, « la Hagana totalisait entre
30 000 et 35 000 hommes, l'Irgoun et le Lehi [les deux groupes armés
« révisionnistes » — SC], à eux deux, en possédaient 3 000.
[...] À la mi-juillet, les FDI [Tsahal] alignaient près de 65 000
hommes. [...] Les armées arabes devaient compter à peu près 40 000
hommes sur le territoire palestinien
[sup]42[/sup]
». Très vite, également, l'armée juive, mieux armée et beaucoup
mieux approvisionnée que l'adversaire, grâce à sa capacité à
contourner l'embargo décrété par l'ONU, aura la maîtrise
exclusive du ciel. Il faut cependant se replacer dans le contexte de
l'époque pour comprendre que les dirigeants du ychouv furent en
partie eux-mêmes surpris de constater l'ampleur de leur supériorité
militaire, qui ne leur apparaît pas évidente lorsque la guerre
civile s'envenime, en décembre 1947 — d'ailleurs, jusqu'en mars
1948, la guerre judéo-palestinienne ne désigne pas de vainqueur
indiscutable, avant de basculer clairement en faveur du ychouv —,
et moins encore le 15 mai 1948, lorsque débute la phase de guerre
conventionnelle. À l'époque, « les commandants de la Hagana
évaluaient les chances de victoire à 50-50
[sup]43[/sup]».

«
Cinquante-cinquante », c'est suffisant pour craindre le pire, mais
ce n'est pas « David contre Goliath ». On se bornera donc à ce
constat : pour perpétuer, comme ils le font, cette image d'Épinal,
aucun livre d'histoire scolaire israélien n'a jamais fourni les
données militaires brutes que nous venons d'évoquer. De sorte que
l'aboutissement d'une guerre à 600 000 contre 30 millions, dans
laquelle Israël inflige à ses adversaires une défaite en rase
campagne et accroît son propre territoire de 46 %, ne peut se
comprendre que comme un « miracle », renforçant par là même les
tropismes les plus chauvins et mystiques à l'oeuvre dans le pays
[sup]44[/sup].

À ce jour, la perpétuation de l'image de David contre Goliath est
toujours puissamment ancrée dans les mentalités. Elle tire sa
source du même constat : territorialement et démographiquement,
Israël reste un État minuscule entouré d'une « mer »
d'hostilité. Un constat qui explique, pour beaucoup, les peurs
israéliennes, quoique, on le verra dans un chapitre ultérieur, il
n'y suffise pas à lui seul. Transposée sur le terrain politique et
militaire, cette image du « petit » se défendant contre un
adversaire immensément plus puissant apparaît, à l'aube du xxr
siècle et dans le monde unipolaire actuel, encore plus irréelle
qu'il y a cinquante-sept ans. Elle rappelle, par certains aspects,
l'attitude des communistes d'antan qui justifiaient chaque agression
de l'URSS contre la population en révolte dans un de ses satellites
par le fait que « contrairement aux apparences », Moscou était le
« petit » qui devait se défendre face au monstre impérialiste.
Dans sa première grande interview à la presse, l'actuel chef
d'état-major, le général Moshe Yaalon, après avoir assimilé la
« menace » palestinienne à un « cancer » qu'il « traite par la
chimiothérapie » avant d'envisager « toutes sortes d'autres
solutions », dont « la nécessité d'amputer les organes »,
s'exprimait ainsi : « Deux sociétés sont en compétition pour un
territoire et, jusqu'à un certain point, pour leur existence. Je ne
crois pas qu'existe une menace existentielle pour la société
palestinienne. Pour nous, il y en a une. En d'autres termes, il y a
ici une asymétrie, mais inversée. Chacun croit que nous sommes
Goliath et qu'ils [les Palestiniens] sont David, mais je maintiens
que c'est le contraire
[sup]45[/sup].
»


On
a bien lu : ce n'est pas même le monde arabe, ou musulman, qui
constituerait ce Goliath menaçant l'existence d'Israël, mais la «
société palestinienne ». Il ne faut pas, explique le général,
croire ce que l'on voit. Spontanément, on pourrait effectivement
constater une « asymétrie » entre un Etat d'Israël constitué,
avec son territoire internationalement reconnu, établi sur 78 % de
la Palestine mandataire, bénéficiant jusqu'ici du soutien
diplomatique et militaire sans faille de Washington, avec son armée
de loin la plus puissante de la région, ses F-16, ses Apaches, ses
chars, ses missiles et sa bombe atomique, avec ses élites éduquées,
son économie développée, face à une société exsangue, maintenue
sous occupation et à laquelle est dénié tout droit à
l'autodétermination, réduite à la portion congrue du territoire, «
bouclée » a volonté et désormais aussi emmurée, dont les moyens
militaires se réduisent à des mitraillettes, des mortiers et des
explosifs de fortune, et dont les citoyens sont quotidiennement
soumis, pour accomplir les moindres de leurs activités, au bon
vouloir des soldats israéliens.


Cette
vision-là, nous indique le général, est fallacieuse. C'est le
contraire : c'est la « société palestinienne » qui est « Goliath
», et Israël reste, face à elle, le petit « David » armé de sa
seule fronde affrontant un géant surpuissant. Le déni des réalités,
l'« inversion » que revendique le général Yaalon atteignent là
une dimension qui serait dérisoire si ses conséquences n'étaient
aussi tragiques — pour les Palestiniens au premier chef, et aussi
pour les Israéliens.





La « supériorité morale » sur l'adversaire




Une dernière mythologie importante condense et rassemble toutes celles
que nous venons d'évoquer. Il s'agit bien là d'une mythologie dans
l'acception la plus forte : une construction de l'esprit à la
puissance symbolique significative, à la fois structurante et, si
besoin, mystificatrice. Il s'agit de la notion de « pureté des
armes ». « Tohar HaNéchek », dit-on en hébreu. L'expression est
un véritable archétype du langage israélien, répété à satiété,
en toutes circonstances, par ses hommes politiques, ses militaires,
ses éducateurs et ses poètes. Elle réapparaît avec plus de force,
évidemment, dans chaque situation conflictuelle.


«
Pureté des armes » ? On peut comprendre la vénération dont fait
l'objet le soldat, en particulier au sein de nations jeunes et dans
la période qui suit leur constitution à l'issue d'un conflit armé.
On peut cependant se demander par quel aveuglement une communauté
humaine, quelle qu'elle soit, en vient à conférer un statut de «
pureté » aux instruments de mort auxquels son soldat a recours. On
peut s'interroger plus encore : transposée sur le terrain politique
ou social, on sait combien l'aspiration à la « pureté » en
général, au vu de l'expérience du siècle écoulé, peut être à
l'origine de terribles violences. La « pureté » érigée en dogme
politique mène souvent à l'épuration, à la « purification » —
politique, ethnique ou autre.


Le
concept de la « pureté des armes » contient l'idée d'une
supériorité éthique sur l'adversaire ; et, par contrecoup, celle
de l'infériorité morale de ce dernier. Il apparaît avant 1948,
dans le Palmakh, les troupes de choc de la Hagana, explique Ouri Ben
Eliezer, sociologue à l'université de Haïfa et spécialiste de
l'armée israélienne. « II est issu de la tradition révolutionnaire
et socialiste de la direction du ychouv et évoque à la fois les
notions de moralité, de haut niveau de conscience et de motivation
idéologique. La guerre d'Indépendance va ensuite instaurer cette
expression comme effigie identitaire de la stature morale
constitutive et supérieure de l'armée israélienne
[sup]46[/sup].
»


L'idée
sous-jacente est évidente : l'intention du mouvement national juif
étant « pure » — émancipatrice et salvatrice —, l'instrument
de sa mise en œuvre, politique ou militaire, l'est par définition,
ou par conséquence. Ce transfert dans la caractérisation normative
— de la fin au moyen, de l'intention à l'acte —, que le
stalinisme triomphant saura élever un temps à un degré inégalable
- la révolution et la dictature du prolétariat enclenchant
l'émancipation de l'humanité tout entière, c'est-à-dire la plus
« pure» ambition qui soit, le goulag ne pouvait être qu'un «
mensonge » -, ce transfert va s'imposer d'autant plus facilement
que l'armée israélienne est au départ, et reste largement à ce
jour, à la fois objet d'une immense fierté, symbole vénéré de la
transformation voulue et revendiquée du Juif nouveau en être fort,
et véritable creuset d'intégration sociale d'une population issue
pour sa plus grande part d'une immigration.


Il
a longtemps régné dans Tsahal, armée par ailleurs hiérarchisée
et disciplinée comme toute autre, une ambiance faite de fraternelle
camaraderie, de simplicité des relations et de très grandes
autonomisation et responsabilisation de ses niveaux hiérarchiques,
qui ne s'explique que par le très haut degré d'adhésion de ses
membres, militaires de carrière comme conscrits, aux « intentions
» au service desquelles elle a été constituée. Ouri Ben Eliezer
considère cependant que Tsahal a, progressivement, largement
abandonne son caractère de vecteur de 1'État-nation en armes
[sup]47[/sup]
» qui l'a longtemps identifiée. Elle le reste cependant dans une
grande mesure, non plus, comme en 1948, mise au service d'une
expulsion, mais, depuis 1967, au service de l'occupation d'un peuple
et de la protection des colons, même si nombre de jeunes Israéliens,
la plupart précisément au nom du « patriotisme », récusent
désormais l'équivalence entre la « pureté » des intentions de
leur nation et celle supposée des moyens qu'elle utilise pour en
opprimer une autre.



En
vérité, les armes du premier jour n'étaient pas « pures ».
Dernier détour par Tantoura : même s'il fut inspiré par une fureur
vengeresse, ce massacre ne fut pas isolé. Il y en eut d'autres en
1948. Tom Segev a raison, les deux parties commirent alors des crimes
de guerre. Mais ils furent bien plus nombreux et systématiques du
côté israélien. Non que la partie arabe eût été alors plus
« morale » dans la guerre ; simplement, elle fut, dans la
majorité des phases, sur le recul. Par massacres, on entend des
tueries délibérées, comptant chaque fois de 50 à 250 victimes en
une même circonstance, soit des civils, incluant vieillards, femmes
et enfants (souvent par le dynamitage des maisons avec leurs
occupants enfermés à l'intérieur), soit des civils et des
miliciens palestiniens prisonniers, abattus d'une balle dans la nuque
avant d'être jetés dans une fosse commune. Cela advint à Ein
Zeitoun, à Eilaboun, à Jish, Safsaf, Lydda, Sasa, Dawayima,
Majdal-Kroum, Balad el-Cheikh, Salha. Et bien entendu à Deir
Yassine. Certains cas sont moins avérés. Benny Morris écrit, par
exemple, qu'à Khirbet Nasser ad-Din, avant l'attaque sur Tibériade,
« visiblement, des atrocités furent commises
[sup]48[/sup]
». Itzhak!, l'ancien archiviste en chef de Tsahal, dénombre « une
dizaine » de tels assassinats collectifs, et une centaine de
meurtres de petits groupes hors de tout combat, des pillages et
exactions diverses, qui terrorisèrent chaque fois les populations du
lieu et celles des villages et bourgs environnants, et jouèrent un
rôle moteur dans leur « fuite ». Des décomptes palestiniens font
état de massacres collectifs en plus grand nombre.


La
question est de savoir pourquoi, depuis lors, le récit historique
israélien n'en recense qu'un seul : celui de Deir Yassine, aux
confins de Jérusalem, commis le 9 avril 1948.110 à 254 morts
civils, selon les estimations. L'explication la plus simple est que
ce massacre fut très vite connu, et ses modalités particulièrement
repoussantes, de sorte qu'il ne put être nié. Responsable de la
Hagana, Tsvi Ankori témoignera, en 1982, de ce qu'il constata : «Je
suis entré dans six-sept maisons : j'ai vu des parties génitales
coupées et des ventres de femmes broyés
[sup]49[/sup].
» Des viols et des tortures avant la mise à mort ont aussi été
évoqués. Des habitants de Deir Yassine furent montrés enchaînés
au marché de Jérusalem avant d'être abattus. Cette tuerie fut
donc immédiatement condamnée par la direction travailliste du
ychouv. Ben Gourion envoya un message d'excuses au roi Abdallah. La
vengeance des miliciens arabes se porta, quatre jours plus tard, sur
un convoi blindé de civils et militaires juifs, causant 70 victimes,
puis sur les implantations juives du Gouch Etzion.


Mais
l'explication de l'« unicité » de ce massacre dans
l'historiographie israélienne est beaucoup plus fondamentale. Il fut
perpétré par des forces de l'Etzel (ou Irgoun) et du Lehi (Groupe
Stern), milices ultranationalistes « dissidentes » du ychouv.
Lorsque Ben Gourion se lava les mains de toute responsabilité dans
le massacre, le mettant sur le compte d'éléments incontrôlés, les
commandants de ces deux organisations s'étranglèrent d'indignation
: à cette phase de la guerre, toutes leurs opérations étaient
coordonnées avec la Hagana ! Deir Yassine n'y avait pas fait
exception, dirent-ils. Depuis, divers témoignages, y compris
d'anciens officiers du Palmakh, ont accrédité la version des
assaillants. Pourquoi, cependant, les responsables ultranationalistes
ont-ils rapidement renoncé à défendre leur cause ? À l'évidence,
parce que la version du « cas unique » de Deir Yassine était
préférable pour tous.


Elle
l'était évidemment pour la direction travailliste du ychouv.
Presque tous les autres massacres étaient l'oeuvre de ses troupes,
dix fois plus nombreuses que les milices ultranationalistes. Mais les
crimes du Palmakh devaient être tus et niés, au nom de la « pureté
des armes », des intentions immaculées. Le « cas isolé » de Deir
Yassine permettait de confirmer la « pureté » de la règle :
celle de l'innocence fondamentale des actes, fondatrice pour
l'identité collective. L'Irgoun et ses successeurs, le Hérout puis
le Likoud, quant à eux, préférèrent en rester là. Polémiquer
avec les travaillistes sur Deir Yassine aurait ouvert une boîte de
Pandore : les ultranationalistes auraient dû immanquablement évoquer
les massacres comparables commis par le partenaire-concurrent du
Palmakh. Tout le collectif et son image (de soi et internationale) en
eussent souffert. Dans ses mémoires, Menahem Begin, chef de
l'Irgoun, pourrait donc évoquer la « propagande mensongère sur les
atrocités juives [...] inventées à propos de Deir Yassine
[sup]50[/sup]
». Même ce massacre-là devait donc être « inventé », «
prétendu »... En patriotes et hommes d'État, une fois acceptée la
loi de la majorité, impliquant le renoncement, du moins momentané,
au Grand Israël, et une fois leurs troupes intégrées dans Tsahal,
Menahem Begin et Itzhak Shamir, qui, ex-chefs terroristes, n'avaient
eu que faire de l'invention travailliste de la « pureté des armes
», l'adoptèrent derechef comme symbole suprême d'Israël et de son
armée.


La
puissance de cette notion symbolique, alliée à l'importance
centrale de son principal vecteur, Tsahal, feront résister l'opinion
à toutes les révélations sur des exactions graves commises dans le
passé, mais aussi aux constats circonstanciels ultérieurs de
comportements inexcusables, jusque durant les deux Intifada. Ainsi en
fut-il des crimes commis lors des « opérations de représailles »
des premières années 1950. Le plus célèbre fut celui de Kibya, le
15 octobre 1953, où le bataillon 101, formé par Ariel Sharon,
reprenant une méthode souvent mise en œuvre en 1948, piégea avec
des explosifs les maisons du village avant d'y entrer et de tirer à
tout va : 60 morts, essentiellement femmes et enfants. Ou encore du
massacre de centaines de prisonniers égyptiens, après la campagne
du Sinaï en 1956, commis de sang-froid par les hommes de celui qui
fut longtemps le second de Sharon, le futur chef d'état-major
Raphaël Eytan. Durant cette campagne, quelque 500 civils
palestiniens avaient aussi été massacrés dans la bande de Gaza
pendant et après sa conquête, hors de tout combat. À cette
occasion, le colonel Ouri Ben Ari sera démis de ses fonctions. Il
sera réintégré dans Tsahal et finira sa carrière général de
brigade
[sup]51[/sup].




C'est
après la campagne de Suez, essentiellement à cause du massacre
commis par les troupes israéliennes le 29 octobre 1956 dans le
village arabe israélien de Kafr Kassem, que Tsahal inscrira
formellement la notion de « pureté des armes » dans son code de
conduite, parallèlement avec le droit de refuser d'exécuter des «
ordres manifestement illégaux », invoqués aujourd'hui par les
insoumis israéliens pour refuser de participer à la répression des
Palestiniens. La « pureté des armes » fera également passer sous
silence l'expulsion renouvelée en 1967 — ensuite totalement
occultée de la mémoire collective — de 250 000 Palestiniens
supplémentaires et de la population arabe du Golan, comme elle
laissera l'opinion de marbre durant les bombardements de Beyrouth, en
1982. « Tohar HaNéchek », enfin, la « pureté » de l'armée
israélienne, servira d'autojustification constante et étonnamment
efficace dans les deux Intifadas.


Certes,
plus le temps passe, plus Israël s'est enfoncé dans la répression
de l'autre peuple, plus a crû l'intensité des méthodes utilisées,
et plus la légende de la pureté des armes s'est effritée dans la
conscience populaire, suscitant deux phénomènes antagoniques :
soit, pour une minorité, le rejet de telles méthodes et la
dénonciation de « l'impureté » des militaires israéliens, soit,
pour une part plus importante, la justification des actes les plus
effroyables, sans plus se soucier de leur nature morale. Mais, même
largement entaillée, cette notion sert toujours de paravent
fondamental au questionnement, de mécanisme d'autodéfense mental
quasi « pavlovien », comme dirait Gideon Levy.


Dans
Témoignages, documentaire du cinéaste israélien Ido Sela sur la
première Intifada, le commandant d'un bataillon de réservistes,
Matti Ben Tsour, psychologue clinicien de profession, raconte une
expérience qu'il vécut de manière épouvantable
[sup]52[/sup].
Lors d'un « ratissage », la nuit, dans un camp de réfugiés à
Tulkarem — événement absolument banal —, son groupe de soldats
frappa longuement à une porte. On entendait du bruit à l'intérieur,
mais personne n'ouvrait. Conformément aux instructions, il y jeta
une grenade lacrymogène. Une famille s'y trouvait, tétanisée de
peur. Un homme en jaillit quelques minutes après avec une petite
fille de 2 ans dans les bras. Avant que l'ambulance palestinienne
n'arrive, un secouriste israélien constata son décès par
étouffement, dû aux gaz. Ben Tsour se souvient des « hurlements »
qu'il poussa alors sur le père palestinien, « pour lui reprocher de
ne pas avoir ouvert la porte ». Un « homme de 40 ans », que, de
rage, il « frappa violemment ». «Je me suis vu, dit-il, passer le
reste de mes jours avec l'image de cette petite fille. » II se
souvient aussi qu'il dut ensuite raconter ce traumatisme à sa
famille et ses amis, comme pour « obtenir leur pardon ». Le
documentariste lui demande alors : « N'avez-vous pas pensé à
demander pardon à la famille palestinienne ?» Le psychologue reste
un très long moment silencieux. Puis il répond : «Je n'ai jamais
pensé à une telle éventualité. J'étais en colère contre cette
famille. Votre question n'est pas pertinente. Ce sont eux qui
devraient me demander pardon. Eux qui m'ont mis dans cette situation
: ils n'ont pas ouvert la porte, n'ont pas emmené l'enfant sur le
toit » après qu'il eut jeté sa grenade.


Toute
la bonne conscience israélienne moyenne est condensée dans ce
témoignage. C'est, dit le militaire, la famille palestinienne qui
devrait s'excuser. Elle était désarmée, terrorisée dans son
appartement. Mais la grenade du soldat israélien était « pure ».
Lui aussi avait peur, ou du moins était-il anxieux : il ne savait
pas à l'avance ce qu'il allait trouver dans cette maison. Mais son
intention n'était pas de tuer, il aurait voulu ne pas avoir à jeter
cette grenade : ce sont donc « eux » la cause de ses cauchemars...
La réaction est typique du conditionnement du déni. Le soldat ne
blâme pas la situation à l'origine de l'événement : le rapport
de domination, l'occupation militaire. Il ne se demande pas ce qu'il
fait lui, en pleine nuit, à frapper à la porte de civils terrorisés
dans un camp de réfugiés. Non, il blâme la victime. Si ces
Palestiniens avaient seulement ouvert cette satanée porte, aucun
enfant ne serait mort ; et lui n'aurait pas eu ses cauchemars...


Aujourd'hui,
la « pureté des armes » constitue cependant la référence de
beaucoup de ces Israéliens qui refusent d'être partie prenante de
la déshumanisation imposée à la population occupée. Lorsque, en
janvier 2004, le lieutenant-colonel Eitan Ronen renvoie ses insignes
militaires au chef d'état-major, il lui écrit : « La vie humaine a
perdu toute valeur, et les valeurs sur lesquelles nous avons été
éduqués, telles que la pureté des armes, sont devenues une
mauvaise blagues
[sup]53[/sup].
» Mais a contrario, cette même « pureté des armes » reste aussi
l'argument massue de tous les adeptes des méthodes employées par
Tsahal dans sa « lutte contre le terrorisme », celui qui annule
d'autorité tout reproche d'amoralité. Lorsque, fin septembre 2003,
27 pilotes de guerre israéliens, dont un « pilote de légende »,
Yftah Spector, signent une déclaration indiquant qu'ils refuseront à
l'avenir de bombarder les Territoires occupés, en particulier dans
les zones habitées — « pour taper sur une mouche, on ne se sert
pas d'une hache, et si on le fait sciemment, c'est qu'on ne se
préoccupe pas de savoir quelles seront les conséquences »,
expliquera l'un d'eux en substance
[sup]54[/sup]
— le chef de l'armée de l'air, le général Dan Haloutz, réplique
immédiatement en invoquant « la pureté des armes » de Tsahal. Il
accuse les pilotes d'être eux-mêmes amoraux, car trahissant en
temps de guerre.


On
notera cependant une nuance d'importance. Très longtemps, cette «
pureté » se traduisit par le déni pur et simple des faits
incriminés. Désormais, là où les pilotes « refuzniks »
dénoncent une politique délibérée et systématique, le général
admet « des erreurs ». Mais c'est pour ajouter aussitôt que, de
toutes les armées au monde, l'israélienne est « la plus morale ».
Traduit en langage contemporain, le dogme de la « pureté des armes
» signifie aux citoyens israéliens qu'entre leurs mains, même s'il
arrive désormais à leurs armes d'être sales, elles restent « plus
propres » qu'entre celles de tout autre.


Ce
qui permettait au même général Haloutz de déclarer, un an
auparavant, après que ses pilotes eurent lâché une bombe d'une
tonne, tuant le responsable du Hamas Salah Shehadeh et dix-sept
autres personnes vivant dans l'immeuble touché, dont dix enfants,
que lui, dans de telles circonstances, enfermé dans son cockpit, ne
ressentait rien d'autre qu'un « léger souffle d'air»...





La
« tzadkanout » :


l'autojustiftcation
systématique





Toutes
ces mythologies et ces réécritures historiographiques ont pour
conséquence d'ossifier une attitude que l'hébreu moderne désigne
sous le terme de « tzadkanout », qui signifie « bonne conscience
», « autojustification systématique », cette propension spontanée
à toujours se percevoir comme « bons, justes, beaux et innocents »,
pour reprendre la paraphrase de Gideon Levy.


Ce
besoin d'occulter ou de nier des vérités troublantes pour la
stabilité de leur identité est loin d'appartenir en propre aux
Israéliens. On connaît la boutade de Woody Allen concernant les
Autrichiens, « ce peuple convaincu que Hitler était allemand et
Beethoven autrichien »... Thomas Bemhardt, comme Gideon Levy, ne
supportait pas plus l'autojustification spontanée et rassurante à
l'oeuvre dans sa propre société. À Washington existe un
remarquable musée de l'Holocauste. Ce qui est excellent pour ancrer
à jamais la signification universelle de la Shoah. Mais, malgré de
longs débats, il n'en existe toujours pas un consacré à
l'esclavage. Un musée pour commémorer le plus grand crime contre
l'humanité commis par d'autres, sur un autre sol, envers d'autres
gens, oui. Un musée pour commémorer un autre des grands crimes
collectifs de l'ère moderne, commis par des Américains, sur le sol
des Amériques, envers des gens dont les arrière-petits-enfants sont
américains, non. Trop tôt encore, sans doute.


Assumer
un passé entaché implique un aggiomamento politique qui rende la
société capable, au moins partiellement, de tourner le dos au
nationalisme, et bien évidemment à l'ethnicisme, sans craindre,
précisément, de se désagréger, mais au contraire pour se
construire différemment. Si l'Allemagne fédérale a été capable
d'entreprendre un bilan de son passé, c'est aussi parce que, hormis
pour quelques nostalgiques ou historiens pervers, rien de bon n'était
à garder du passé hitlérien. Le basculement collectif dans la
démocratie et l'espace européen progressivement constitué
expliquent aussi pourquoi ce bilan fut bien plus important à l'Ouest
qu'en RDA. Là, le nationalisme était de rigueur. Et l'idéologie
stalinienne, avec sa mentalité de forteresse assiégée, fit que le
passé hitlérien fut beaucoup plus instrumentalisé à des fins
politiques que réellement analysé. De même, si l'ampleur des
crimes du passé colonial des grandes puissances européennes peut y
être aujourd'hui mieux évalué et assumé, c'est surtout parce que
le colonialisme n'y est plus perçu comme un parangon de
civilisation. En revanche, le nationalisme et l'Église polonais,
dans un État historiquement « victime » des ambitions dominatrices
de l'Allemagne, prussienne ou hitlérienne, et de la Russie, tsariste
ou soviétique, et qui donc se perçoivent et sont encore largement
perçus comme résistants et émancipateurs, éprouvent immensément
plus de difficulté à affronter leur passé récent profondément
antisémite. De même, le nationalisme kémaliste, encore amplement
en vigueur en Turquie, qui se veut lui aussi libérateur, nie
toujours obstinément le génocide des Arméniens.



Le
déni des faits et l'inversion des responsabilités, ainsi que la
conviction de la supériorité morale sur l'adversaire et sa
délégitimation, sont des piliers du fonctionnement intellectuel et
des attitudes politiques qu'il induit d'un très grand nombre
d'Israéliens, fonctionnement désiré et alimenté depuis la
création du pays par tous les rouages de l'appareil d'État, et que
résume la notion de « tzadkanout ». Pour paraphraser Sartre, dans
un monde idéal, le bourreau devrait ne jamais oublier son forfait,
et la victime, afin de se reconstruire, devrait, elle, parvenir à «
oublier » suffisamment sa souffrance. Dans la réalité, c'est, très
généralement, l'inverse qui se produit : le bourreau oublie souvent
très vite et refoule sans difficultés ; la victime, sa vie durant,
porte le souvenir du malheur et la douleur qu'il génère. Dans les
mécanismes agissant au plus profond de la conscience d'une immense
majorité des Israéliens, un double mouvement est à l'oeuvre —
renforcé à mesure que le conflit se durcit, mais aussi
progressivement abandonné par une minorité de plus en plus
conséquente d'entre eux. Le premier mouvement exige du monde entier
de ne jamais oublier l'abomination infligée aux Juifs. Le second
exige avec la même vigueur d'oublier complètement le tort commis
par Israël aux Palestiniens.


On
entend d'ici les commentaires scandalisés ou paradoxalement
rassurés, permettant de délégitimer définitivement l'auteur de
ces lignes : nous y voilà donc, on compare Israël aux nazis ! Nous
essaierons de montrer combien, au contraire, toute « comparaison »
de ce type, bien que fréquente, y compris, à tort et à travers, en
Israël même, nous paraît fausse et indigne. Il ne s'agit pas ici
de comparer les actes, ni leur degré d'abomination, ni leur portée
politique ou symbolique, ni évidemment de réfuter le caractère
spécifique de la Shoah, mais de constater les mécanismes d'une
attitude extrêmement répandue : d'un côté, l'impératif de
mémoire, parfaitement légitime, de la souffrance subie ; de
l'autre, l'exigence, tout aussi prégnante mais illégitime, de
l'oubli de la souffrance causée à l'autre. Un individu affecté de
ce double mouvement serait, a priori, caractérisé de comportement
paradoxal, de dédoublement. Comment définir une société
imprégnée, dans sa grande majorité, de ce double mouvement-là ?









1
Benny MORRIS, Tikoun Taout : Yehoudim VeAravim BeEretz Israël,
1936-1956 (Corriger une erreur : Juifs et Arabes en Eretz Israël,
1936-1956), Éd. Am Oved, Tel-Aviv, 2000.




2
Gideon LEVY, . Ytakhen Shelo Haïta Efcharout Akheret, Aval Lama
Léchaker Kol HaChanim ? » (Peut-être n'y a-t-il pas eu d'autre
possibilité, mais pourquoi avoir menti durant toutes ces années
?), Ha'Aretz. 1er novembre 2000.




3
Cf. chapitre 1, « Tantoura », note 23.




4
Benny MORRIS, Tikoun Taout, op. cit. et Victimes. Histoire revisitée
du conflit arabo-sioniste. op. cit., p. 163-164.




5
Ibid., p.163.





6
Ibid., p. 162.




7
Archives Haïm Weïzmann, 2271, cité par Benny MORRIS, Victimes.
Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, op. cit., p. 189.





8
Archives Ben Gourion, CZA Z4-14632,15 octobre 1941, cité par Benny
MORRIS, ibid., p. 189.




9
Entretien, 10 juillet 2003.







10
Ibid.




11
Avi SHLAIM, Collusion over the Jordan : King Abdullah, thé Zionist
Mouvement and thé Partition of 'Palestine, Clarendon Press, Oxford,
1988.
Sur ce
sujet, l'ouvrage de Simha FLAPAN (The Birth of Israël, Myths ans

Realities, Panthéon Books, New
York, 1987) est également convaincant. On n'entrera pas ici dans le
débat quant à savoir si cette « collusion » initiale fut rompue,
comme le considérèrent Ben Gourion et Golda Meir, par l'entrée en
guerre de la Transjordanie, ou si, au contraire, le déroulement de
cette guerre apporta la confirmation d'une alliance d'intérêts,
tacite et cachée, entre Israël et la Jordanie.




12
Simha FLAPAN, The Birth of Israël, Myths ans Realities (La
naissance d'Israël, mythes et réalités), op. cit., p. 58.




13
13 On entend par Palestine mandataire le territoire alloué par la
Société des Nations à la Grande-Bretagne (1919-1948) qui,
hormis le Golan, correspond à peu de choses près à l'actuel
territoire sous contrôle israélien.





14
Cf. Emmanuel NAVON : « Y a-t-il une vie après Oslo ? »,
Outre-Terre, revue française de géopolitique, n° 1, janvier-mars
2001.





15
15 David BEN GOURION, correspondance. Lettre à Amos Ben Gourion du
5 octobre 1937. Citée par Benny MORKIS, Victimes. Histoire
revisitée du conflit arabo-sioniste, op. cit., p. 157.




16
Hannah ARENDT, « Zionism Reconsidered », in « The Jew as Pariah
», cité par Amnon RAZ-KRAKOTZKIN, « Bi-Nationalism and jewish
Identity : Hannah Arendt and thé Question of Palestine »
(Binationalisme et identité juive : Hannah Arendt et la question de
Palestine), S. Ascheim éd., Hannah Arendt in Jérusalem, University
of California Press, 2001.




17
Benny MORRIS, Victimes. Histoire revisitée du conflit
arabo-sioniste, op. cit., p. 280.




18
Benny MORRIS, 1948 and After : Israël and thé Palestinians, Oxford
University Press et Clarendon, New York, 1990, p. 29.





19
Diverses listes des villages éradiqués circulent, leur nombre
variant de 383 à 418, chiffre donné par l'historien
palestinien Walid KHALIDI, All That Remains, Institute for
Palestinian Studies, Washington, 1992.





20
L'idée en elle-même d'un « transfert » hors de Palestine de la
population autochtone, ou d'une partie d'entre elle, est émise dès
les premiers pas du sionisme par son fondateur, Theodor Herzl, non
comme un objectif central, mais comme une mesure d'accompagnement
nécessaire. Georges Bensoussan en rappelle l'essentiel dans Une
histoire intellectuelle et politique du sionisme, 1860-1940, Fayard,
Paris, 2002.




21Benny
MORRIS, The Birth of the Palestinian Refusée Problem, Cambridge
University Press, Cambridge, 1987, p. 62.





22
Cité par Dominique VIDAL et Joseph ALGAZY, Le Péché originel
d'Israël, op. cit., p. 67-68.




23
Ilan PAPPÉ, « Israël, a State in Dénial » (Israël, un État
en déni), conférence donnée le 16 septembre 2002 à la School for
Oriental and African Studies de Londres.





24
Ibid.





25
« Comme Ben Gourion se plaisait à dire à ses interlocuteurs
occidentaux : Israël n'a pas expulsé un seul Arabe », m Benny
MORRIS, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, op.
cit., p. 283, citation tirée de Zaki SHALOM, Ben Gourion, l'État
d'Israël et le monde arabe (hébreu), Ben Gourion University Press,
Béer Sheva, 1995.




26
Gideon LEVY, « Ytakhen Shelo Haïta Efcharout... », op. cit.,
Ha'Aretz, 1" novembre 2000.







27
Cité par Dominique VIDAL et Joseph ALGAZY, Le Péché originel
d'Israël, op. cit., p. 150.

28
Quoique Zeev Stemhell ait brillamment analysé en quoi le «
socialisme national » des fon dateurs du travaillisme israélien
assujettissait ses valeurs internationalistes ou humanistes
formellement revendiquées à l'impératif prioritaire de la
rédemption nationale. Zeev STERN HELL, Aux origines d'Israël.
Entre nationalisme et socialisme, Fayard, Paris, 1996.

29
Comme l'a dit un jour Raphaël Eytan, ancien chef d'état-major
devenu politicien d'extrême droite (décédé en 2004) : «Je ne
crois pas à la paix, parce que si l'on nous avait fait ce que nous
leur avons fait, nous n'accepterions jamais de faire la paix. »

30
Tlkva HONIG-PARNASS, « Gaon VeNadiv VeAkhzar » (Sage, généreux
et (D'autre part), n° 11, spécial 50e anniversaire de la partition
de la Palestine, février 1998.

31
Ibid.

32
Ibid.

33
AM.

34
Netiva BEN YEHUDA, MiB'ad LaAvotot : Roman Al Chlocha Khodachim
Be-1948 (Le chemin des liens : roman sur trois mois en 1948),
Domino, Jérusalem, 1985.

35
On ne recensera pas ici les autres reconstructions historiques,
occultations ou « mythologies » remises en cause, dans la décennie
1990, en Israël, touchant au comportement réel des Britanniques
en 1948-1949, présenté jusque-là comme systématiquement
pro-arabe (Avi SHLAÏM), à la supposée volonté systématique de
paix face au refus arabe de tout compromis (FLAPAN, puis Charles
ENDERLIN et Motti GOLAN), ou la mythologie entourant le socialisme
israélien, la Histadrout et le kibboutz (Zeev STERNHELL), la
manière de présenter, dans l'historiographie, l'« éternité »
du peuple juif (Boaz EVRON) ou encore le « sauvetage » des Juifs
orientaux par Israël (Yehuda SHENHAV)

36
Entretien, 30 janvier 2002. Benny Elon nous déclarait alors : «
Shimon Pères a raison. Le problème démographique est réel, et il
ne sert à rien de l'ignorer. Les Palestiniens sont plus nombreux
que nous, l'immigration juive ne sera jamais en mesure de
concurrencer leur taux de natalité. Et la situation actuelle n'est
pas viable, parce qu'ils ont droit à l'indépendance nationale.
Mais nous ne pouvons renoncer à la nôtre. C'est pourquoi je suis
partisan du transfert. Il n'y a pas de place pour deux États entre
la mer et le Jourdain. Les Palestiniens doivent avoir leur État,
qui est la Jordanie où ils sont déjà largement majoritaires. »

37
« Les Arabes palestiniens font partie intégrante de la nation
arabe. [...] De fait, Arafat, né au Caire, est égyptien. » Limor
LIVNAT, « Israël : ma part de vérité », Le Monde, 21 décembre
2001.

38

39
Interview
à la New York Review of Books, 13 juin 2002.

40
Cf. chapitre « On est ce que l'on naît ».

41
« Les Juifs, grâce à leur
large réserve en officiers entraînés et expérimentés en matière
de guerre [beaucoup avalent fait leur apprentissage dans l'armée
britannique ou été formés par elle durant la "révolte
palestinienne" de 1936-1939, SC], ont un avantage incalculable
sur les Arabes », écrivait un rapporteur militaire de l'ONU, le
colonel Rosher Lund, avant l'attaque des États arabes (Simha
FLAPAN, m Dominique VIDAL et Joseph ALGAZY, Le Péché originel
d'Israël, op. cit., p

42
Benny MORRIS, Victimes. Histoire revisitée du conflit
arabo-sioniste, op. cit., p. 238-239.

43
Ibid. Selon Simha Flapan (The Birth...), avant que le conflit
n'éclate, le chef de la Hagana, Israël Galili, s'était, lui,
déclaré convaincu de la capacité israélienne à « repousser
toute attaque des Arabes palestiniens, même s'ils bénéficient de
l'aide des États arabes ».

44
« Très bien équipées, les armées arabes envahirent le pays.
[...] [Face à elles se tenait] notre remarquable jeunesse, "la
dernière de l'esclavage et la première de la rédemption".
Elle et le monde furent alors témoins de ce triomphe miraculeux :
avec l'aide de Dieu, les armées de Dieu et des Israélites
l'emportèrent. Le minuscule Israël, né un jour avant, vainquit
sept États établis, grands et puissants. Le petit David avait
battu Goliath. » Extrait d'un livre scolaire pour les classes de
seconde à terminale du réseau national-religieux édité par le
ministère Israélien de l'Éducation en 1958, cité par le
chercheur israélien Elie PODEH, Arab-IsraeU Conflict in Israeli
History Textbooks.
1948-2000,
Bergin & Garvey, Westport, Connecticut, Londres, 2003, p. 103.

45
Interview par Ari Shavit, Ha'Aretz, 31 août 2001.

46
Entretien, 14 juillet 2003. Ouri Ben Eliezer est l'auteur de Derekh
HaKavénet : Hivatsrouto Shel HaMilitarizm Haisraéli, 1936-1956 (À
travers la mire : la formation du militarisme israélien,
1936-1956), Dvir, Tel-Aviv, 1995.

47
Lire l'article qu'il consacre à cette question dans Alain DIECKHOFF
et Rémy LEVEAU (dir.), Israéliens et Palestiniens, la guerre en
partage, Balland, Paris, 2003

48
Benny MORRIS, Victimes. Histoire revisitée du conflit
arabo-sioniste, op. cit., p. 233.

49
Alain GRESH et Dominique VIDAL,
Les Cent Clés du Proche-Orient, Hachette, coll. « Pluriel »,
Paris, 2003, p. 148.

50
Menahem Bein, La Révolte d’Israël, La Table Ronde, Paris, 1971,
p.200

51
Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit
arabo-sioniste, op.cit., p.324.

52
Edouyot (Témoignages. Les soldats israéliens et l'Intifada), de
Ido Sela, Eduyot Association, Les Films d'Ici, Channel 4, RTBF,
1993.

53
Ha'Aretz, 4 janvier 2004.

54
Yedioth Aharonot, 26 septembre 2003


Dernière édition par Zoubir8 le Jeu 9 Mai - 16:54, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 22 Juin - 20:28

(erreur)


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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 22 Juin - 22:20

bravo Zoubir8une autre petite médaille pour toi

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 22 Juin - 22:50

yak a écrit:
bravo Zoubir8une autre petite médaille pour toi

Merci.
1- Est-il possible de joindre un fichier word à un message?
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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Ven 22 Juin - 23:11

tu fait copie coller ou bien si tu parle d'un fichier PDF la tu colle le lien

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Jeu 9 Mai - 14:29

A nouveau un mois de mai. Les blé sont verts ici en France. En Palestine déjà les épis sont sortis.
En mai 1948, les paysans Palestiniens n'auront pas le temps de faire la moisson qui s'annonce. Ils seront expulsés.

Nous nous devons d'être solidaire des Palestiniens.

Pourquoi?
- car leur expulsion est une injustice.
- car, pour se maintenir Israel essaye de réduire les Etats arabes en des bantoustans facilement contrôlables (voyez e Soudan).

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Jeu 9 Mai - 15:12

Zoubir8 a écrit:
A nouveau un mois de mai. Les blé sont verts ici en France. En Palestine déjà les épis sont sortis.
En mai 1948, les paysans Palestiniens n'auront pas le temps de faire la moisson qui s'annonce. Ils seront expulsés.

Nous nous devons d'être solidaire des Palestiniens.

Pourquoi?
- car leur expulsion est une injustice.
- car, pour se maintenir Israel essaye de réduire les Etats arabes en des bantoustans facilement contrôlables (voyez e Soudan).
+1 zoubir8 je dirait aussi kan doit être solidaire car nous avons vécus une guerre injuste et que c un devoir en tant que musulman

le soudan du sud n'est pas le seul j'avais même entendu la même chose pour la Libye mais comme il sont pas nombreux c contrôlable..
la Syrie aussi il veulent en faire de petit état comme sa elle pourra plus résiste a Israël (et nous les algerien on echappe pas a la regle)toute et bon pour nous déstabiliser et diviser notre pays

il faut soutenir la Palestine coute que coute et aussi nos allier avec nos frère chiite que beaucoup font leur jeu des sioniste wahabits et montre les chiite comme ennemie on a le même combat
diviser on et faible
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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Jeu 9 Mai - 16:52

Oui, soutenir la Palestine et apprendre à nos jeunes l'histoire. Comment en 1948 les Palestiniens ont été chassés de leur foyer.

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Jeu 9 Mai - 17:12

a voir!!

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Mar 14 Mai - 22:58

La Nakba : 65 ans de mystifications, mais la vérité finit toujours pas éclater

Comme la fameuse
"terre sans peuple pour un peuple sans terre", la légende sioniste
consistant à dire "ils ont pris la fuite", en parlant des centaines de
milliers de Palestiniens chassés de leurs terres en 1948, a sérieusement
pris du plomb dans l’aile, 65 ans après ce qui est désormais désigné
par le terme "nakba" qui signifie "catastrophe".









Avant de nous montrer ces images, on nous a longtemps caché celles-ci :











Qui correspondent aux massacres perpétués par des milices
juives dans des villages palestiniens comme celui de Deir Yassine, près
de Jérusalem, le 9 avril 1948, où hommes, femmes et enfants ont été
assassinés, violés, et certaines femmes enceintes éventrées, afin de
mieux terroriser la Palestiniens et les obliger à fuir.



L’histoire officielle d’Israël a reposé, depuis 1948, sur le mensonge
consistant à dire que les 800.000 Palestiniens qui ont pris le chemin
de l’exil et sont devenus des réfugiés seraient partis volontairement, à
la demande des Etats arabes environnants. En réalité, l’expulsion, par
tous les moyens, du maximum d’habitants non juifs de la Palestine, et la
conquête du maximum de leurs territoires, fut un objectif constant du
sionisme, aussi ancien que l’idée même, exprimée pour la première fois à
la fin du XIXème siècle, de création d’un Etat juif en Palestine.


« Les Arabes doivent partir, mais nous avons besoin d’un moment
favorable pour que cela arrive, par exemple une guerre », écrivait en
1937, dans une lettre à l’un de ses fils, le chef de file du mouvement
sioniste et futur fondateur de l’Etat d’Israël, David Ben Gourion.


Avec la fin annoncée, à partir de 1947, de la présence britannique,
les dirigeants sionistes constatent que le rapport de forces,
diplomatique et éventuellement militaire, leur est désormais favorable.


Le 10 mars 1948, une dizaine de responsables réunis par David Ben
Gourion approuvent les derniers détails de leur « plan D ». Il comporte
la description de tous les villages de Palestine, avec des détails sur
la manière d’attaquer militairement chacun d’entre eux, d’en chasser les
habitants, et même d’exécuter sommairement des centaines d’hommes,
considérés comme « suspects », dont des listes nominatives ont été
soigneusement dressées. Le « plan D » est ensuite distribué, pour
application immédiate, aux officiers des 12 brigades de la Haganah,
l’armée juive, qui connaît à ce moment un développement fulgurant, tant
en effectifs qu’en équipement moderne.


De la mi-mars au 15 mai 1948 — date programmée du départ du dernier
soldat britannique de Palestine — se déroule alors, non pas comme le
rabâche l’histoire officielle, la « première guerre israélo-arabe »,
mais la vaste opération de nettoyage ethnique lancée par une Haganah
forte de 90.000 hommes, auxquels la résistance palestinienne ne saura
opposer que quelques milliers de miliciens villageois à l’armement
dérisoire.


Dès la fin du mois de mars, au moins trente villages arabes ont été
rayés de la carte, selon le schéma : encerclement de la localité,
rassemblement de la population, ordre donné de fuir, mise à l’écart des
« suspects » et leur exécution immédiate. Après une phase de pillages et
de violences diverses, suit la destruction de toutes les maisons jugées
impropres à un habitat juif, voire du village entier, sur les ruines
duquel seront édifiés des kibboutz et autres colonies juives.




Destruction des livres palestiniens pendant la nakba


Un des épisodes les plus sanglants de la période est resté dans les
annales : le massacre des villageois de Deir Yassin, près de Jérusalem,
le 9 avril 1948. Les dirigeants de l’Etat juif ont longtemps mis cette
exaction sur le compte de la milice dite « extrémiste » de l’Irgoun, et
ont juré leurs grands dieux que jamais la Haganah n’aurait pu tuer
délibérément des femmes et des enfants. Faux ! Non seulement parce qu’il
y a eu beaucoup d’autres villages martyrs, où la Haganah a opéré en
solo, mais parce que la Haganah a bel et bien participé elle-même à la
tuerie de Deir Yassin.


Après les villages, les villes : successivement, les principales
villes palestiniennes sont attaquées, à Jaffa, Nazareth, Tibériade, à
Acre et à Haïfa, dont les habitants arabes sont contraints par milliers
de fuir par la mer.


Parmi les épisodes les plus spectaculaires de cette phase de la
tragédie palestinienne, on peut citer les « exploits » de deux jeunes
officiers israéliens promis à de brillantes carrières, Moshe Dayan et un
certain Yitzakh Rabin, qui ordonnent l’expulsion des 70.000 habitants
des villes arabes de Lydda (Lod) et Ramleh. L’exode des Palestiniens,
jetés sur les routes sans vivres, sans eau et sous un soleil de plomb,
se transforme en marche de la mort pour des centaines d’enfants et de
vieillards.


Lorsque s’achève cette première phase, au cours de laquelle les
armées des pays arabes avoisinants ne sont pas encore intervenues, plus
de 10.000 Palestiniens, dont une large majorité de civils désarmés, ont
été tués par les forces sionistes, et 300.000 au moins ont été chassés.


Les dirigeants des Etats arabes, pas plus que les dirigeants
sionistes, ne souhaitent l’établissement d’un Etat arabe indépendant en
Palestine. C’est pourquoi, lorsqu’ils interviennent en Palestine après
le 15 mai, il s’agit principalement pour eux, de faire acte de présence
pour apaiser l’émotion de leurs propres opinions publiques émues par la
tragédie de leurs frères palestiniens, et ils n’envoient que des
contingents réduits, inférieurs numériquement et en armement à la
puissance israélienne. Finalement, les combats avec les armées arabes,
interrompus à plusieurs reprises sur injonction des Nations et Unies, où
chaque grande puissance (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Union Soviétique
principalement) n’a pas encore clairement déterminé qui pouvaient être
ses alliés ou vassaux régionaux, feront un seul perdant incontestable,
la population palestinienne.


Ils permettront au roi de Jordanie de s’emparer de la Cisjordanie et
de la moitié de Jérusalem, à l’Egypte d’occuper la minuscule bande de
Gaza encombrée de centaines de milliers de réfugiés palestiniens*
chassés par le nouvel Etat juif, et à celui-ci de s’agrandir au point
d’occuper 78% du pays. Au plan territorial, cette situation restera dans
l’ensemble figée jusqu’en 1967.


*Voir à ce propos l’excellent film de Chris den Hond :
"Réfugiés palestiniens : ça suffit, on rentre".



Un reportage dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban.
Durée 27 min.


Le résumé en 3 min. : http://youtu.be/YOVmvJ73ZlI
Le film en 27 min. : http://youtu.be/Y-MJSzwz0I0

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Mer 15 Mai - 13:58

La Nakba de 1948, ou l'expulsion des Palestiniens de leur Terre Natale depuis des Millénaires

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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   Mer 15 Mai - 16:16


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MessageSujet: Re: L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.   

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L'expulsion des Palestiniens en mai 1948.
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