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 Rommel à Tobrouk

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yak
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MessageSujet: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:42



PARTIE 1 :
Auteur : Général Alfred Gause.
Ne en 1896 ; sert pendant la première guerre mondiale sur le front occidental. A partir de 1937, appartient à l’état major général de l’OKW. En juin 1941, officier de liaison auprès du haut commandement italien en Afrique du Nord, puis chef d’état major du groupe d’armées de Rommel jusqu'à la défaite de l’Axe en Tunisie. Il commandait le C.O.C. 2 en Courlande quand il fut fait prisonnier par les Soviétiques. Il resta 10ans prisonnier.

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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:44

1 /L'AUDACE DE ROMMEL



Vers le 15 janvier 1942, l'avant-garde d'Auchinleck avait atteint la Grande Syrte et la Cyrénaïque semblait perdue pour Rommel, dont les hommes étaient épuisés. En réalité, c'était une réédition de l'éternel problème de la guerre du désert : tandis que les forces de Rommel se repliaient en Tripolitaine, la VIIIe armée britannique s'éloignait de plus en plus de ses bases d'Egypte. Moins de quinze jours après l'arrêt de l'opération « Crusader »> à El-Agheila, Rommel s'attaqua aux positions avancées britanniques et la VIIIe armée dut se replier vers la frontière égyptienne. Le «Renard du désert » reprenait une fois de plus l'avantage.

La situation des forces de l'Axe en Afrique du Nord s'était nettement améliorée vers la fin de l'année 1941. Notre aviation avait été renforcée par deux groupes de chasse et nos formations de bombardiers en piqué et de chasseurs lourds avaient accru leur puissance. L'aviation britannique, au contraire, avait été affaiblie par l'entrée en guerre du Japon, le 7 décembre, et par les premiers succès remportés par la flotte nippone, le 10 du même mois. De plus; les forces de la R.A.F. maintenues en Afrique du Nord avaient dû se regrouper vers l'est, les terrains de Cyrénaïque étant inutilisables pendant les mois d'hiver en raison de la boue.
La Luftwaffe attaquait Malte avec un succès croissant. Sur mer, les Britanniques avaient perdu l'Ark Royal et le cuirassé Barham. A Alexandrie, le 19 décembre, les deux cuirassés dont disposait encore l'amiral Cunningham, le Queen Elizabeth et le Valiant, avaient été mis hors de service par des torpilles italiennes. Les jours suivants, des mines avaient endommagé et coulé trois croiseurs et quatre destroyers basés à Malte et, peu après, un autre croiseur britannique avait été coulé par un sous-marin. Les seuls bâtiments désormais disponibles pour les Anglais, entre Gibraltar et Alexandrie, se réduisaient à trois croiseurs, quelques destroyers et quelques sous-marins.

Un sentiment de fausse sécurité
La situation sur mer et dans les airs s'étant ainsi améliorée, nos transports maritimes furent moins menacés et, dès la seconde quinzaine de décembre, nous en ressentîmes les effets. Alors que, en septembre 1941, l'Axe avait perdu 92 000 tonnes, le chiffre tomba, en janvier 1942, à 40 000 tonnes. Nous pouvions ainsi réparer les lourdes pertes subies durant l'hiver. Depuis le commencement de la campagne en Afrique du Nord, les Allemands avaient perdu environ 33 % de leurs troupes et les Italiens 44 %. Plus de 80 % des blindés et plus de 40 % de l'artillerie avaient été détruits. Les Britanniques, eux, avaient perdu 17 000 hommes, ainsi qu'un matériel important. La situation de l'été 1941 se répétait : les deux camps s'employaient à reconstituer leur potentiel offensif.
Cette fois, cependant, les blindés allemands et italiens avaient l'avantage de se trouver plus près de Tripoli, d'où leur parvenait le ravitaillement. Un sang nouveau fut injecté aux unités combattantes et l'Afrika Korps put disposer de 120 chars et d'un meilleur ravitaillement en carburant, ce qui lui permettait d'étendre son rayon d'action. Malgré tout, la totalité des renforts passait toujours par le seul port de Tripoli, car Hitler, pour des raisons politiques, s'opposait à la demande de Rommel d'utiliser un chemin plus court et plus sûr, passant par Tunis.
Après qu'ils eurent atteint la Grande Syrte à El-Agheila, les Britanniques crurent qu'ils avaient infligé suffisamment de dommages aux blindés de l'Axe pour qu'ils fussent inutilisables dans un proche avenir. II est possible que ce soit le rapport optimiste d'Auchinleck à Churchill qui ait inspiré le communiqué suivant de l'agence Reuter, daté du Caire, le 26 décembre : « Les restes de l'Afrika Korps et de l'armée italienne sont repoussés le long de la Grande Syrte, sur la route qui mène à Tripoli. L'objectif principal, la destruction des forces ennemies dans le désert occidental, a été atteint. Les blindés allemands ont été détruits et la poignée de chars qui reste tente de rejoindre Tripoli, en proie à une véritable panique. » Cette conclusion optimiste peut expliquer pourquoi, au début de janvier, les Britanniques, après avoir stoppé leur offensive, ne firent aucun effort particulier pour renforcer la ligne du front, mais, au contraire, inspirés par un sentiment de fausse sécurité, disposèrent leurs unités dans une zone étendue située entre Benghazi, Derna, Tobrouk et la frontière égyptienne, avant de les rassembler en vue de nouvelles offensives à l'ouest.

Sur la via Balbia
Après avoir réorganisé ses unités et incorporé les renforts, l'armée blindée avait pris position sur un front de 180 kilomètres, entre Marada et Marsa-Brega, en aménageant un certain nombre de points d'appui, largement séparés, avec le 21' corps motorisé italien (trois divisions), dans le secteur nord, et le 10e corps italien (deux divisions), dans le secteur sud. Les extrémités du front, l'oasis de Marada et la via Balbia, furent renforcées par des éléments de la 90° division légère, tandis que l'Afrika Korps et le 20` corps motorisé italien étaient disposés à l'arrière de l'aile nord et du centre, prêts à intervenir.
Rommel s'attendait à voir les Britanniques, après avoir laissé reposer leurs unités, reprendre leur offensive, afin de consolider leurs succès précédents par la défaite de l'armée blindée et l'occupation de toute l'Afrique du Nord. A quelle date sue déclencheraient ces opérations, nul ne pouvait le prédire, mais, d'après les expériences antérieures, tout indiquait qu'elle ne saurait être très éloignée.
La position des blindés au sud du front pouvait difficilement être tournée, mais les forces de l'Axe n'avaient pas la possibilité de tenir l'ensemble de la ligne, sur une profondeur et avec une densité suffisantes pour repousser une puissante attaque frontale. Rommel décida donc de ne pas laisser l'ennemi prendre l'initiative contre la position de Marsa-Brega et de lancer une attaque surprise sur les éléments avancés de la VIIIe armée britannique, tandis qu'ils étaient encore déployés dans une vaste zone. Il espérait, par cette action, rétablir à son profit l'équilibre des forces, retarder le déclenchement de l'offensive anglaise et gagner du temps pour permettre à ses renforts d'arriver. Il prit des mesures énergiques pour assurer le secret de l'opération projetée et n'avertit même pas les différents commandants en campagne. Il fit les préparatifs nécessaires pour lancer deux groupes à l'assaut, l'un immédiatement au nord de l'oued Faregh, l'autre sur la via Balbia, afin d'encercler l'ennemi qui faisait face à l'aile nord du front, ou l'obliger à battre en retraite en le harcelant sans cesse.
L'attaque fut lancée le 21 janvier à 8 h 30. L'Afrika Korps commença par longer le lit de l'oued Faregh ; les chars du 20° corps italien motorisé, ainsi que les unités de la 900 division légère, s'avancèrent le long de la via Balbia. Les difficultés du terrain - hautes dunes de sable dans le sud, marécages salés au nord - empêchèrent l'attaque de se dérouler selon l'horaire prévu et, dans la soirée, Rommel dut reconnaître que malgré la faiblesse des effectifs ennemis qui faisaient face à la ligne du front, ceux-ci avaient réussi à s'échapper vers le nord et, avaient opéré une jonction avec des éléments plus nombreux sur des positions entourant Adjedabia.
Le 22 janvier donc, Rommel décida de poursuivre sa progression avec ses groupes i d'assaut, en direction d'Adjedabia, jusqu'à la zone Antelat-Saounou, et de couper la ligne de repli de la puissante force ennemie (deux divisions blindées britanniques) qu'une reconnaissance avait située à l'est d'Adjedabia. Il entendait ensuite encercler l'ennemi par des attaques concentriques.
Les Britanniques n'avaient pas paru surpris par l'attaque de la veille, et cependant leurs commandants n'avaient encore manifesté aucune réaction. Le 22 janvier, à 11 heures, une unité s'empara d'Adjedabia, qui s'était révélée assez peu défendue et Rommel, qui avait dirigé l'attaque, donna l'ordre de reprendre immédiatement la poursuite, en traversant Adjedabia en direction de Saounou. A 15 h 30, les éléments avancés atteignaient Antelat, et Saounou était pris, à 19 h 30, après un bref combat. Les unités de l'Afrika Korps, qui avaient atteint Adjedabia dans la soirée furent envoyées vers Antelat avec mission d'empêcher les Britanniques de s'ouvrir une route à l'est d'Adjedabia pour s'échapper vers le nord.
Le mouvement des troupes se poursuivit pendant la nuit du 22 janvier et l'armée blindée établit le contact, à l'est d'Adjedabia, avec l'ennemi qui, bien que plus puissant en nombre, fut attaqué. Les forces allemandes n'étaient cependant pas assez nombreuses pour assurer un encerclement continu. Malgré l'acharnement du combat et les lourdes pertes en matériel subies par l'adversaire, on ne put empêcher les unités britanniques de s'échapper vers le nord-est et, bien qu'une attaque concentrique opérée par les Allemands eût abouti à la capture d'une grande quantité de matériel, la poche ne contenait presque plus de troupes ennemies. Mais une reconnaissance effectuée ce jour-là révéla qu'à l'extérieur de la poche, dans la région Antelat-Saounou-Msous était restés de fortes unités britanniques et de nombreux dépôts. Dès le 25, l'Afrika Korps se tourna contre eux.
Avec l'accord de Mussolini
Cette action entreprise contre un ennemi en cours de repli et partiellement en fuite fut couronnée de succès et nous permit d'atteindre Msous vers 11 heures. Le 13° corps britannique avait été battu et se trouvait pratiquement hors de combat au soir du même jour, tandis que les éléments qui s'échappaient vers le nord et le nord-est devaient abandonner la plus grande partie de leur équipement. L'Afrika Korps mit fin à sa poursuite à Msous, son ravitaillement en carburant imposant des limites à ses opérations. Toute progression en direction de Mechili aurait, en outre, mis en péril ses communications avec l'arrière, avec Benghazi, où la situation n'avait pu encore être fermement établie. Pourtant, dès le 25 janvier, le 25° corps italien motorisé et la 90° division légère n'étaient pas intervenus dans la bataille, mais avaient reçu mission de couvrir la région au nord d'Adjedabia. Rommel prit donc la décision de clarifier la situation à Benghazi.

L'O.K.W. et le commandement suprême italien avaient été mis devant le fait accompli par la contre-attaque de Rommel du 21 janvier, entreprise contre la volonté des chefs italiens. Rome, en effet, s'était faite à l'idée que la Cyrénaïque était perdue et espérait désormais pouvoir tenir fermement la position de Marsa-Brega, d'où l'on envisageait d'entreprendre tout au plus quelques brèves actions sur des objectifs strictement limités, actions suivies constamment d'un repli sur cette position. Le commandement italien craignait que des opérations de plus grande envergure ne fussent suivies de revers plus graves, susceptibles d'entraîner la perte de la Tripolitaine.

C'est avec cette pensée que le chef d'état-major du Comando Supremo, le comte Cavallero, appuyé par Kesselring, chercha à influencer Rommel qui reçut, le 23 janvier, la visite des deux généraux à son P.C. d'Adjedabia. Cavallero s'éleva avec véhémence contre tout mouvement au-delà d'Adjedabia ; il rejeta la proposition d'avancer la ligne de défense à l'est de la Cyrénaïque pour les mêmes motifs qui contraignirent Rommel, en décembre 1941, à se replier de Gazala vers El-Agheila. A l'époque, Rommel pensait qu'il était impossible de défendre la Cyrénaïque sur sa frontière orientale avec des forces trop faibles, contre un adversaire supérieur et qui pouvait - en faisant une poussée, via Mechili et le sud, et en avançant vers Adjedabia - encercler et anéantir les forces germano-italiennes en Cyrénaïque. Pour soutenir une telle offensive Rommel n'avait ni les forces ni le carburant suffisants en décembre 1941.

Les conditions étaient bien différentes à la fin de janvier 1942. Après avoir défait des unités de la VIIle armée et leur avoir infligé des pertes importantes en matériel, Rommel pensait avoir écarté la menace qu'il redoutait. Pour lui, donc, les plans de Cavallero n'étaient pas acceptables et ne permettaient nullement de mener une guerre victorieuse en Afrique du Nord. Il maintint sa décision d'exploiter les perspectives de victoire récemment ouvertes, dans la mesure où ses forces le permettraient, mais en limitant ses objectifs, de façon à éviter le risque d'un autre revers. Tenant compte de la disposition de ses troupes et du ravitaillement encore insuffisant (la route côtière vers Solloum n'avait été dégagée que pendant quelques jours et le port de Benghazi était inutilisable), il désirait ne laisser passer aucune occasion d'exploiter la faiblesse de la VIII' armée. Cavallero, désireux d'écarter toute menace sur la Tripolitaine, retira à l'armée blindée le contrôle tactique des opérations, des IV et 21` corps 'italiens qui avaient déjà été rassemblés à El-Agheila en vue de l'avance sur Adjedabia, et il donna l'ordre à ces deux unités de rester sur la position de Marsa-Brega pour servir éventuellement d'échelon de recueil aux panzers. Rommel devait donc poursuivre la reconquête de la Cyrénaïque avec seulement l'Afrika Korps, la 90' division légère et le 20e corps italien.
Son objectif suivant était Benghazi, que l'ennemi paraissait tenir encore solidement, avec des avant-postes à Er-Regima, Sollouch et Gemines. Les mouvements de troupes de Benghazi vers Derna indiquaient que l'ennemi évacuait ou du moins mettait à l'abri son matériel, mais Rommel espérait encore défaire, par une action rapide, des unités ennemies considérables, puis s'emparer du port qu'il considérait comme vital pour son ravitaillement. Il proposa de mener l'attaque de façon que la 90e division légère, appuyée par des unités du 20e corps italien, s'avançât du sud vers Sollouch et Gemines pour immobiliser l'ennemi, tandis qu'un groupe d'assaut très mobile, qu'il dirigerait personnellement, se lancerait vers l'est, à travers le terrain accidenté, pour couper la retraite à l'ennemi. En même temps, des unités de l'Afrika Korps, attaquant depuis la région Msous-Bir-el-Mellez en direction de Bir-Gerrari, donneraient vigoureusement la chasse à l'ennemi en direction de Mechili (voir la Carte ).
Le 27 janvier au soir, le groupe d'assaut fit mouvement de la région à l'ouest de Msous et eut à lutter contre de violentes tempêtes de sable et des pluies torrentielles, sur un terrain boueux entrecoupé d'oueds en crue. Il arriva à Er-Regima le lendemain matin, s'empara de la place l'après-midi et reprit sa progression en direction dé Benina, à l'ouest. Une tentative fut faite, pour s'emparer de Benghazi par un coup de main, mais elle échoua devant un tir défensif intense. Cependant d'importantes forces ennemies s'approchaient de la ville par le sud. Rommel utilisa son groupe d'assaut pour verrouiller les approches à l'est et au nord, et attendit l'arrivée des unités du 20e corps italien et de la 90e division légère, venant du sud, avant de forcer l'ennemi à se rendre.
La même nuit, une directive de Mussolini nous parvint, donnant son approbation à la prise de Benghazi si la situation se développait favorablement. La ville fut prise le 29, mais une partie importante de la garnison avait réussi à s'échapper vers l'est pendant la nuit, à travers les positions peu étoffées qui l'encerclaient. Les Allemands firent cependant plus de 1 000 prisonniers et s'emparèrent de plus de 300 véhicules - mais ensuite une fausse attaque de l'Afrika Korps sur Bir-Gerrari ne permit pas d'établir le contact avec l'ennemi.

La sagesse de Rommel
Après la chute de Benghazi, nous avions de plus en plus le sentiment que la VIII' armée avait l'intention d'évacuer la Cyrénaïque et de se replier à l'ouest de Tobrouk. Rommel pensa que l'arrière-garde ennemie n'opposerait guère de résistance avant Gazala, où les troupes britanniques encore cantonnées en Marmarique, pourraient être engagées. Il décida donc de poursuivre jusqu'au golfe de Bomba, en contenant sa progression sur les deux routes qui traversent la Cyrénaïque au nord, puisque le manque de carburant interdisait à l'Afrika Korps d'emprunter la piste allant de Msous à Tmimi, via Mechili.
Le 31 janvier à l'aube, deux formations, équivalant chacune à une brigade motorisée, partirent respectivement de Charrouba, via Maraoua, et de Benghazi, via Barkah, pour continuer la poursuite vers l'est. Quand la colonne du nord atteignit D'Annunzio à une trentaine de kilomètres de Barkah, elle dut continuer sa poussée par Maraoua, car la route septentrionale avait été sérieusement bloquée. Le 1"' février, Maraoua était prise malgré l'opposition d'une puissante arrière-garde. Le soir même, tandis que l'on poursuivait la progression vers Derna, de fortes unités d'arrière-garde furent battues dans la région de De-Martino, puis la poursuite reprit sur les deux routes en direction de Martouba et de Derna.
Loin vers l'est, des incendies indiquaient que l'ennemi détruisait ses dépôts tout en continuant son repli. Le 2 février, la colonne du nord s'empara de Berta, mais dut s'arrêter en raison des rocades qu'elle rencontra à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Derna, pendant que la colonne du sud fonçait vers l'est, jusqu'à ce qu'elle eût atteint la piste qui va de Mechili à Derna, en un point situé à l'ouest de Martouba.


L'ennemi ayant évacué Derna le 3 février, la poursuite se continua, via Martouba, vers Tmimi. Les Britanniques opposèrent une résistance pendant quelque temps au col de Tmimi, puis décrochèrent en direction du sud pendant la nuit du 3, mais les reconnaissances nous signalèrent que les troupes ennemies paraissaient vouloir établir leur ligne de défense sur l'ancienne position germano-italienne de Gazala. Les reconnaissances sur terre et l'activité aérienne des Britanniques s'intensifièrent et les colonnes des poursuivants durent s'assurer une position défensive à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Gazala, ligne qui fut bientôt attaquée par des forces britanniques considérables, avec l'appui d'une artillerie supérieure en nombre.
Rommel, qui avait lui-même conduit la poursuite, comprit, le 5 février, qu'il devait maintenant y mettre fin. Ne voulant pas exposer son armée à des revers, il replia ses colonnes vers la région au sud de Tmimi, leur procura une protection sur leur flanc et, le 6, replia l'Afrika Korps, la 90` division légère et le 20e corps italien vers Mechili. Il avait pris la décision de tenir la frontière est de la Cyrénaïque comme base de départ pour de futures opérations contre l'ennemi qui n'était plus en mesure, désormais, de lancer une grande offensive et d'assurer son flanc sud avec des forces mobiles. Il fit même occuper l'oasis de Djalo, située à 420 kilomètres au sud-ouest de Gazala, par un petit détachement. Rommel renouvela alors sa demande d'engager les 10e et 21e corps italiens.
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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:45

Grâce au ravitaillement britannique
La Cyrénaïque reconquise, les stocks de munitions et de carburant presque épuisés, la campagne d'hiver prit fin. Entre le 21 janvier et le 5 février, avec de minces ressources, Rommel avait porté des coups rapides à un ennemi jusqu'à présent victorieux, ce qui lui avait permis de reprendre près de 500 kilomètres de terrain, dans une région qui comportait d'importants aérodromes et des ports essentiels. Il avait, en outre, affaibli matériellement la puissance de combat de l'ennemi à la faveur d'une contre-attaque éclair, entreprise au terme d'une retraite, et sans engager de nouvelles troupes. L'habileté avec laquelle il s'était replié avait maintenu chez ses hommes leur esprit combatif, malgré l'effort incessant exigé des soldats. L'armée blindée pouvait se considérer de nouveau comme victorieuse. L'audace de Rommel lui avait permis de remporter un grand succès.
Outre l'abandon de la Cyrénaïque, l'ennemi avait subi de lourdes pertes en hommes et en matériel. Il. est exact que les Britanniques réussirent, au cours des mois de janvier et de février, à soustraire le gros de leurs troupes de l'attaque allemande effectuée à l'ouest de la Cyrénaïque. Mais, dans l'ensemble de la campagne d'hiver, ils comptèrent environ 10 000 tués et blessés, 12 000 prisonniers, plus de 1600 chars et véhicules blindés, 2 500 camions et plus de 300 avions détruits ou capturés. Les combats acharnés avaient épuisé les deux camps et ni l'un ni l'autre ne se trouvaient plus en situation d'entreprendre des opérations d'envergure. Les quelques mois d'accalmie qui allaient suivre seraient utilisés par les deux adversaires à reprendre des forces.
L'objectif principal de l'Axe était d'assurer la sécurité de ses convois et de constituer des stocks. Le port de Benghazi fut remis en service, ce qui raccourcit l'acheminement des approvisionnements en provenance d'Allemagne et d'Italie. Le butin conquis en Cyrénaïque permit de compléter la motorisation de plusieurs unités, qui utilisèrent les camions anglais. Les stocks de munitions de l'Axe dans la région de Benghazi, qu'il avait fallu abandonner par manque de temps et de moyens de transport, avaient été rendus inutilisables par l'enlèvement des dispositifs d'allumage. Ces stocks purent donc être récupérés et utilisés.
L'armée blindée reçut un appui considérable du fait de l'intense et croissante activité de la Luftwaffe, sous les instructions du commandant en chef pour le Sud, Kesselring. En janvier, les forces du Fliegerführer Afrika comprenaient trois formations de bombardiers en piqué et trois formations de chasseurs, totalisant plus de 180 avions. La force opérationnelle de l'aviation italienne s'éleva à 190 avions. Les sorties de plus en plus nombreuses des chasseurs italiens et allemands au cours des premiers jours- de la contre-attaque ont pratiquement obligé la Royal Air Force à se limiter à des opérations de nuit, ce qui réduisit son efficacité. Les escorteurs de convois de la Il' flotte aérienne, renforcés, apportèrent également un soutien remarquable: bien que le chiffre de 60 000 tonnes mensuelles de ravitaillement n'ait jamais pu être atteint, il en arriva, en revanche, au mois de mars, 18 000 tonnes, ce qui représentait une sérieuse amélioration et l'on pouvait désormais en attendre davantage.
La cessation des hostilités, en février, permit à l'armée de reconstituer ses stocks. Une fois les positions sur la frontière orientale de la Cyrénaïque consolidées, le Comando Supremo autorisa de nouveau la subordination des 10° et 21 ° corps italiens à l'armée blindée. Ces unités furent incorporées en mars et en avril.


PARTIE 2
Auteur : DAVID CHANDLER.
Né en 1934. Etudes au collège Marlborough et à Oxford. De 1957 à 1960 dans l'armée, avant d'être nommé à Sandhurst où il exerce les fonctions de maître de conférences au département d’histoire militaire. Il publié plusieurs livres parmi lesquels un Guide voyageur les champs bataille européens (1965), et les Campagnes de Napoléon (1967).
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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:47

2 / LA BATAILLE DE GAZALA
En 1942, du mois de février jusqu'à la mi-mai, la guerre du désert connut une trêve : les deux adversaires reprenaient des forces. Mais Rommel brûlait du désir de poursuivre sa reconquête de la Cyrénaïque, et Churchill poussait sans relâche ses généraux à reprendre l'offensive. Rommel attaqua le premier, mais il sembla bientôt qu'il avait fait un mauvais calcul et que la pénurie d'eau et de carburant aurait raison de l'Afrika Korps. Ce qui sauva finalement le « Renard du désert », ce fut son sens de l'improvisation et la lenteur des réactions des généraux britanniques. La chute de Tobrouk, qui s'ensuivit, ne fut pas seulement un coup terrible porté au moral des Alliés ; elle signifiait également que la route vers Suez et l'Egypte semblait désormais libre. Rommel lança alors ses hommes et ses chars vers El-Alamein.

Parmi les gigantesques batailles livrées pendant les cinq ans et demi que dura la deuxième guerre mondiale, certaines dépassèrent de beaucoup, tant par leur ampleur, leur intensité, que par leurs résultats, les événements qui se déroulèrent dans le désert de Libye entre le 26 mai et le 22 juin 1942. II est peu de batailles, toutefois, aussi riches en enseignements sur le plan militaire, en faits d'intérêt humain, que la série complexe d'épisodes guerriers de la bataille de Gazala.
La guerre durait déjà depuis deux ans dans le désert de Libye quand la bataille de Gazala atteignit son point culminant. Comme presque toutes les guerres, à des périodes relativement brèves d'activité intense succédaient de longues accalmies, pendant lesquelles les adversaires se réorganisaient en vue du « round » suivant. Les problèmes propres à ce théâtre d'opérations ne manquaient pas. Les extrêmes contrastes climatiques, le terrain de rocaille et de sable, les grandes distances entre les points stratégiques comptaient parmi les sérieuses difficultés à résoudre. Mais par-dessus tout, les problèmes énormes de ravitaillement et d'intendance rencontrés dans un pays aride qui ne pouvait fournir aux armées en présence que quelques litres d'eau et quelques poignées de dattes, un pays où n'existait aucune autre route que la « via Balbia », rendaient inévitables les avances entrecoupées de longs temps morts que l'on connaissait depuis le début.
D'une monotone régularité
D'une façon quelque peu paradoxale, tout, sauf la destruction totale de ses forces, tendait davantage à favoriser à longue échéance le vaincu. Après une défaite, il se repliait invariablement vers ses bases et reprenait de plus en plus de forces à mesure qu'il se rapprochait de ses dépôts de ravitaillement et incorporait les renforts envoyés vers le front.
Le vainqueur, au contraire, acharné à poursuivre son adversaire ébranlé, s'éloignait de plus en plus de ses bases. A moins de pouvoir compter sur la capture de grandes quantités de carburant et de matériel ennemis, les effets de l' « affaiblissement stratégique » se faisaient de plus en plus sentir à mesure que s'étiraient les lignes de communication jusqu'à ce que, en fin de compte, la pénurie de carburant et le mauvais état des véhicules surmenés rendissent inévitable l'arrêt de la poursuite. A ce moment, la victime initiale était en bonne voie de recouvrer sa supériorité matérielle et stratégique et, après une pause, un autre engagement permettait de renverser la fortune de la guerre.
Vers la mi-mai 1942, aucun des adversaires n'avait pu obtenir une solution décisive. Depuis le début des hostilités, en juin 1940, il n'y avait pas eu moins de cinq grandes offensives et une moins importante sans que pourtant l'énorme consommation d'hommes, de véhicules et d'essence que cela représentait eût abouti à un résultat vraiment positif. Il arriva, en quelques occasions, que la chance d'une victoire complète eût été ruinée par les événements extérieurs au théâtre des opérations. Ainsi, obligé d'envoyer un corps expéditionnaire en Grèce au début de 1941, le général O'Connor vit lui échapper l'occasion d'une percée d'El-Agheila à Tripoli. De même, à la fin de cette même année, les résultats de l'opération « Crusader », commandée par Auchinleck, furent sérieusement compromis par l'envoi en Malaisie d'hommes et de matériel destinés à la VIIIe armée.
Heureusement pour la VIIIe armée, Rommel et ses alliés italiens se trouvaient en butte à des problèmes analogues. Le haut commandement allemand, en particulier, ne comprit pas pendant longtemps le prix des enjeux de la guerre dans le désert de Libye et, pendant que la Wehrmacht et la Luftwaffe dépensaient de plus en plus de ressources et d'énergie pour monter l'opération « Barberousse » contre l'U.R.S.S. (à partir de l'hiver 1940-1941), puis pour la poursuivre, les demandes réitérées du général Rommel en renforts (et surtout en carburant) demeuraient lettre morte.
Aussi les deux camps avaient-ils à souffrir d'un certain manque de priorité stratégique et se voyaient-ils souvent privés des renforts nécessaires.

Après un coup de dés
Après sa reconquête, brillante bien qu'improvisée, de la Cyrénaïque à la fin de janvier 1942, Erwin Rommel s'activait à réorganiser ses lignes de communication, bien trop étirées, et, comme d'habitude, à soutirer quelques chars et quelques litres d'essence à ses supérieurs parcimonieux. Ses positions avancées étaient à proximité de Tmimi, à 100 kilomètres à l'ouest de Tobrouk et à 40 kilomètres à peine de Gazala. Pour leur part, le général Auchinleck (commandant en chef au Moyen-Orient) et le général Ritchie (commandant de la VIIIe armée depuis le 26 novembre 1941) étaient heureux de bénéficier d'une période de calme relatif pour se préparer.
Cependant, le « Renard du désert » avait pris déjà figure de personnage de légende aux yeux de ses adversaires comme aux yeux de ses hommes depuis son dernier coup de dés (après la lourde défaite de janvier 1941, à un moment où les forces de l'Axe auraient dû être complètement épuisées, il avait réussi à amener, par son habileté manoeuvrière, la VIIle armée à abandonner Benghazi, ses précieuses réserves et la quasi-totalité des récentes conquêtes alliées en Cyrénaïque).
Du début de février jusqu'à la mi-mai, donc, une accalmie relative régna dans le désert. Mis à part les nombreuses patrouilles opérées par les deux camps et d'occasionnelles escarmouches dans le no man's land, les deux adversaires étaient en pleine période de reconstruction. A Downing Street, on n'appréciait guère cette pause et le premier ministre exerçait une pression énergique et constante sur le général Auchinleck pour qu'il reprît l'offensive. Un certain nombre de mobiles solides de haute stratégie justifiaient l'insistance de Churchill en vue d'une action immédiate. Tout d'abord les désastres subis en Extrême-Orient obligeaient à un effort immédiat pour compenser l'impression défavorable éprouvée par certains alliés. Ensuite, tout faisait présager une invasion imminente de Malte et, si l'on voulait procurer un secours aérien aux défenseurs de l'île, il devenait vital de réoccuper les aérodromes à l'ouest de la Cyrénaïque, afin de pouvoir disposer d'escadrilles à distance opérationnelle. La perte de Malte serait un coup terrible : non seulement le prestige anglais s'en trouverait sérieusement atteint, mais elle donnerait un avantage certain à Rommel dans la bataille pour le ravitaillement que la VIIIe armée et lui se livraient. Ce risque provoqua un renversement d'opinion spectaculaire des Anglais à l'égard de la guerre du désert. De février à avril, le comité de défense du Moyen-Orient s'était contenté d'attribuer un rôle purement défensif aux positions qui se construisaient près de Gazala ; elles devaient protéger les préparatifs de défense frontalière à l'est contre une' intervention possible de l'ennemi. Mais quand les intentions de l'Axe à l'égard de Malte devinrent évidentes, ce comité changea rapidement d'attitude et la position de Gazala fut désormais considérée comme le futur tremplin pour une nouvelle offensive destinée à reconquérir la Cyrénaïque et ses principaux aérodromes.

Churchill contre Auchinleck
Enfin, Churchill craignait pour la sécurité de la forteresse de Tobrouk, dont l'ennemi lui paraissait, aux dernières nouvelles, dangereusement proche. Pour Churchill, Tobrouk était un symbole. Cependant, ses généraux, aussi bien en Grande-Bretagne qu'en Afrique du Nord, ne partageaient pas son opinion sur l'importance de la forteresse. On ne pouvait nier toutefois qu'elle n'eût déjà constitué, depuis juin 1940, l'objectif majeur de trois grandes offensives. En outre, ses facilités portuaires, ses installations de filtrage d'eau, ses magasins remplis augmentaient son importance. Enfin, sa position géographique, à mi-chemin entre Benghazi et Alexandrie, en faisait un point stratégique de première importance. Située à proximité de la voie ferrée de Belhamed, elle représentait un dépôt essentiel pour la concentration des munitions et du matériel destinés à la future offensive de la VIIIe armée. En fait, on peut dire que la forteresse de Tobrouk a été l'enjeu de la guerre du désert.
Le général Auchinleck et son entourage avaient tendance à voir le problème sous un angle différent. D'une part, « the Auk » contrairement à ses chefs politiques, était persuadé que l'on devait préparer soigneusement toute offensive future de la VIIIe armée ; d'autre part, il n'était pas entièrement convaincu de la nécessité de défendre Tobrouk coûte que coûte et il s'opposait sans aucun doute à l'idée d'un nouveau siège à outrance. A son point de vue, le contrôle de l'Iran, de la Syrie et de l'Irak importait bien plus, dans l'ensemble, à la guerre du Moyen-Orient.
En se fondant sur ces considérations, Auchinleck se sentait en mesure de tenir tête au premier ministre. Les deux hommes étaient doués d'une volonté de fer et il fallut un télégramme tranchant de Londres, du style « se soumettre ou se démettre », pour obtenir la décision que voulait Churchill. Auchinleck promit alors une offensive pour juin, et le premier ministre dut s'en contenter.
Le maréchal Bombastico
Les difficultés que Rommel éprouvait alors avec ses supérieurs étaient diamétralement opposées à celles d'Auchinleck. Du côté de l'Axe, Berlin et Rome préconisaient sans cesse la prudence et invoquaient les bénéfices résultant d'une relative inaction en Libye pendant que les batailles principales faisaient rage sur d'autres fronts. Le maréchal Bastico, comandante supremo sur le théâtre d'opérations, voyait rarement les choses de la même façon que son têtu subordonné qui, d'ailleurs, surnommait effrontément son chef « maréchal Bombastico ». Avec Ugo Cavallero, chef d'état-major des forces italiennes, les relations de Rommel étaient encore moins bonnes. De même que le haut commandement allemand, les Italiens se souciaient bien davantage des besoins du front oriental et, à un moindre degré, de la nécessité de monter l'opération « Hercule » contre Malte. Aussi faisaient-ils la sourde oreille aux demandes répétées de renforts exprimées par Rommel. En fin de compte, comprenant qu'il fallait nettoyer l'est de la Cyrénaïque des forces britanniques avant de lancer l'opération « Hercule », pour écarter toute possibilité de soutien aérien sur Malte, on donna à Rommel, le le' mai, le feu vert pour attaquer Tobrouk. En cas de succès rapide, on l'autorisait à avancer jusqu'à la frontière égyptienne, mais toute progression au-delà lui était formellement interdite momentanément, car la totalité des forces aériennes de l'Axe serait alors affectée à l'opération « Hercule », à partir de la mi-juin.
Des forces imposantes
Vers la mi-mai, donc, les deux camps préparaient activement une reprise de l'offensive. La VIIle armée britannique du général Ritchie était divisée en deux corps, le 30e, sous le commandement du général Norrie, comprenait le gros de l'élément blindé avec les 1e et 7e divisions blindées, formées de 167 nouveaux chars américains « Grant », de 149 « Stuart » et de 257 « Crusader » ancien modèle. Elles étaient divisées en trois groupes de brigade blindés en cours de réorganisation. Ces derniers devaient être transformés en formations blindées autonomes qui, à l'instar des panzers de Rommel, comprendraient de l'artillerie et de l'infanterie motorisées ainsi que des éléments administratifs, etc. Le 30° corps était constitué également de trois brigades motorisées et deux groupes de brigade d'infanterie.
Le général Gott, l'un des soldats les plus expérimentés de la guerre du désert, était à la tête du 13° corps, qui se composait de la 50e division (du Northumberland) commandée par le général Ramsden, ainsi que des 1e et 2e divisions sud-africaines, sous les ordres respectivement des généraux Pienaar et Klopper, les 1e et 32e brigades de chars (dotées de 166 « Valentine » et 110 « Matilda ») en soutien immédiat. A cette époque, les divisions d'infanterie avaient été réorganisées en groupes de brigade, chaque division en comprenant trois. Ces brigades étaient composées de trois bataillons d'infanterie et d'un régiment mixte d'artillerie de campagne et d'artillerie antichars (24 pièces de 25 livres et 16 canons antichars de 6 livres) ainsi qu'une compagnie de transport de-la R.A.S.C. (Royal Army Service Corps). Enfin le général Ritchie avait en réserve la 50 division indienne et le 10e groupe de brigade indien. Les autres éléments de la division, une partie de la 10e division indienne et une brigade blindée supplémentaire devaient se tenir prêts à faire mouvement à partir de leurs fronts respectifs d'Irak et d'Egypte. Au total, les diverses formations réellement présentes à Gazala le 26 mai représentaient 849 chars et presque 100 000 hommes. La situation était moins encourageante pour les forces aériennes du désert. Sur les 320 avions de tout modèle dont on disposait, moins de 200 pouvaient opérer dans la zone de Tobrouk et de la frontière.
Sur trois chaises
Le général Ritchie avait disposé le gros de ses forces à l'intérieur des positions de la ligne de Gazala. Comme presque toujours dans le désert, la surface du sol est en grande partie faite dans cette région de rocaille parsemée de zones sablonneuses, ces dernières devenant plus fréquentes près de la côte. A .deux kilomètres environ de la côte, le désert s'élève au-dessus du niveau de la mer, formant une série d'escarpements dont le plus important est la crête de Solaro, qui domine Tobrouk, située à deux kilomètres environ de là (voir carte page 1 022). La bonne route côtière arrive sur Tobrouk par le sud en passant par le sommet de cette crête, et descend ensuite dans la ville avant de continuer vers l'ouest, en direction de Gazala et de Benghazi en longeant le pied de l'escarpement. La crête se continue environ 14 kilomètres à l'ouest de Gazala, elle-même à 60 kilomètres de Tobrouk. Plus profondément à l'intérieur des terres, de nombreux escarpements s'étendent dans une direction, en gros, est-ouest, le plus important étant celui qui relie Sidi-Mouftah à El-Adem, El-Douda et à la voie ferrée de Belhamed. Au sud des crêtes, la surface du désert devient de plus en plus crevassée, traversée de nombreux oueds, de collines sablonneuses et de dunes. En dehors de la grande voie côtière, aucune route ne traverse cette zone immense, à part quelques pistes, notamment le trigh Capuzzo et le trigh El-Abd.
Au début de l'année, les commandants de a VIIIe armée avaient pris la décision de construire une série de fortifications de campagne dominant un quadrilatère grossièrement évalué à 3 000 kilomètres carrés et délimité par Gazala, Bir-Hakeim, Bir-el Goubi et Tobrouk. Le côté ouest de cette zone de défense était constitué par un vaste champ de mines s'étendant vers le sud, à presque 70 kilomètres des côtes, et de profondeur variable. A l'intérieur on avait construit un grand nombre de réduits, très bien défendus. Chacun de ces centres de résistance devait abriter une brigade au grand complet, des réserves de nourriture et d'eau et une quantité de munitions, le tout fixé pat le quartier général. On organisa soigneusement l'ensemble des défenses, en espérant que ces îlots de résistance empêcheraient d'éventuelles attaques ennemies à travers les champs de mines et serviraient également de bases pour les opérations des formations blindées du 30e corps. Une seconde ligne de réduits analogues, également entourés de champs de mines, allait d'El-Adem à Sidi-Mouftah sur une longueur d'environ 45 kilomètres d'est en ouest. Vers le milieu de mai 1942, la plus grande partie de cette seconde ligne était en cours de construction. Les réduits les plus importants étaient ceux qu'occupaient la l" brigade française libre à Bir-Hakeim, le 150e groupe de brigade de la 50e division (Northumberland), ainsi que les positions de Knightsbridge et d'El-Adem. Un autre groupe de centres de résistance identiques avait été construit près du secteur côtier de la ligne de Gazala, car on prévoyait qu'une attaque ennemie serait plus vraisemblablement dirigée contre le centre où contre la zone côtière. Enfin, les propres défenses de Tobrouk - on supposait la ville hors d'atteinte de l'attaque ennemie la plus audacieuse - s'étendaient sur un périmètre de 50 kilomètres environ.
L'aspect impressionnant de la ligne était en fait bien illusoire. Tout d'abord, de vastes zones dans le secteur est-ouest restaient peu protégées et ces défenses, de-la façon dont elles avaient été conçues et construites, furent peu efficaces dans la protection des bases avancées de l'armée à Belhamed. Il eût été probablement plus sage de construire une ligne allant d'Acroma à Tobrouk et, de là, vers El-Adem et Sidi-Rezegh. En second lieu, des zones importantes du champ de mines n'étaient pas couvertes par l'artillerie, alors que les réduits allaient constituer de lourdes charges dans le déroulement de l'action. Troisièmement, l'hypothèse que Rommel, s'il attaquait, concentrerait son effort sur le secteur côtier conduisit à un déploiement disproportionné de troupes sur la partie nord de la ligne, laissant la moitié sud ainsi que la ligne d'arrêt dangereusement à découvert, du moins en infanterie. On espérait, de toute évidence, que les brigades blindées du 30e corps d'armée - dont chacune disposait d'au moins autant de chars qu'une division de panzers allemande (mais de moins d'armes et d'unités de soutien) - se montreraient capables d'anéantir tout mouvement de l'Afrika Korps dans le désert tendant à contourner Bir-Hakeim en direction de Tobrouk. Pour contrôler le plus d'itinéraires d'accès possible, les blindés de la Ville armée furent donc mis en place dans cette zone Sud. Ritchie et Norrie auraient mieux fait de les laisser groupés de façon à constituer une unité très mobile et d'une grande puissance de choc.
Ainsi donc, cette ligne de Gazala que l'on prétendait si redoutable et qui portait tant d'espoirs était, en fait, faible et précaire, d'autant plus que l'on entendait lui faire jouer trois rôles à la fois et dans un même laps de temps. Elle devait servir de base de départ à l'imminente offensive de la VIII' armée ; elle devait protéger Tobrouk contre toute éventualité ; on espérait, enfin, qu'elle servirait d'écran protecteur aux positions de la frontière orientale de l'Egypte. C'est cette multiplicité des missions qui conduisit à des conflits de priorité, à des quiproquos et à des compromis.
Les promoteurs de la ligne de Gazala se trouvèrent ainsi placés en porte à faux entre deux, sinon trois, chaises.
Le « grand coup » de Thésée
Le plan d'attaque du général Rommel n'était, sous bien des aspects, qu'une répétition de ses assauts précédents : une attaque frontale de diversion menée pendant que l'Afrika Korps tournerait largement l'extrémité sud de la ligne de Gazala. Tandis que l'infanterie légère allemande, assistée de quelques chars sous le commandement expérimenté du général Cruewell et soutenue par les fantassins des 10e et 21e corps italiens, ferait de bruyantes démonstrations contre la ligne de Gazala entre le trigh El-Abd et la mer, Rommel dirigerait les trois formations blindées de l'Afrika Korps ainsi que le 20e corps italien, vers Bir-Hakeim. Ce mouvement (l'opération « Venise ») commencerait quelques heures après l'offensive de Cruewell et serait exécuté de nuit.


A l'origine, Rommel destinait les blindés italiens à l'aile droite de la manoeuvre d'enveloppement. Cependant, au dernier moment, le 26 mai, ayant appris que des colonnes mobiles anglaises avaient été repérées au sud de Bir-Hakeim (il s'agissait de la 3e brigade motorisée indienne), il changea d'avis et ordonna aux divisions « Ariete » et « Trieste » de faire mouvement vers l'intérieur du dispositif et d'attaquer les Forces françaises libres. Une fois que le gros de son armée saurait contourné la ligne de Gazala, Rommel lavait l'intention de se frayer un passage vers Acroma, au nord, et de détruire les blindés anglais. La 90e division légère serait, pendant ce temps, détachée vers El-Adem pour couper la route côtière à l'est de Tobrouk et empêcher ainsi les renforts venus d'Egypte de gagner la place forte. Puis Rommel prépara une rapide guerre-éclair contre les défenses de Tobrouk.

Mais les Alliés ne furent pas les seuls à commettre des erreurs. Quelque peu optimiste quant à la tournure des événements, Rommel annonça que tout serait fini le quatrième jour de l'offensive. Mais malgré la supériorité aérienne de l'Axe à l'époque, ses services de renseignements sous-estimèrent, en fait, gravement la puissance de certaines parties de la ligne de Gazala, ignorant, par exemple, l'existence du centre de résistance de la 150e brigade disposée en travers des trigh Capuzzo et El-Abd, le long desquels les Allemands avaient projeté de convoyer leurs réserves. En fait, Rommel était tellement certain d'avoir les moyens de mettre rapidement l'ennemi hors de combat qu'il ne fournit à ses formations d'assaut du carburant que pour 500 kilomètres et de l'eau, des vivres et des munitions que pour une centaine d'heures.
Dès février, ce général, apparemment infatigable, avait reconstitué son armée. L'arrivée, sans pertes, de deux convois à Tripoli, avait nettement amélioré sa situation logistique. Ensuite, l'aubaine inespérée qu'il avait eue à Benghazi, à la fin de janvier, en trouvant des stocks de carburant et de vivres, avait largement facilité ses problèmes d'intendance. De plus, ses lignes de communication avec l'Axe s'étaient trouvées considérablement raccourcies, le port s'étant révélé capable, malgré 740 raids des forces aériennes alliées, d'absorber la plus grande partie d'un trafic qui aurait dû, sans cela, transiter par Tripoli. A la mi-mai, le « Renard du désert » avait, au total, 332 chars.
Les formations italiennes blindées et motorisées (« Ariete » et « Trieste ») étaient dotées de 228 chars moyens M-13/40 et M-14/41, qui, en général, étaient inférieurs aux chars britanniques. Quant aux effectifs, les trois divisions allemandes totalisaient 22 400 hommes, sans compter l'apport des trois corps italiens, qui en augmentaient considérablement le nombre.
Les forces aériennes de l'Axe s'élevaient à 700 avions allemands et italiens, parmi lesquels un grand nombre de redoutables Messerschmitt 109-F et 500 appareils au moins étaient capables d'opérer pendant la plus grande partie de la bataille.
Bref, avec 560 chars (dont 109 du dernier modèle), Rommel était nettement inférieur, numériquement, à la VIIIe armée, mais il bénéficiait d'une supériorité aérienne inespérée et ses unités blindées comprenaient nombre de chars mieux adaptés à la guerre dans le désert.
Le 26 mai, au lever de la lune, la longue colonne des blindés allemands et italiens s'ébranla vers le sud dans le grincement des chenilles et le grondement des diesels. L'opération « Thésée » était en cours. Rommel amorçait son « grand coup » (« der Schlag »).


La malchance de la VIIIe armée
Pendant que l'Afrika Korps se mettait en marche, la bataille était engagée depuis quelques heures déjà dans la zone côtière. Au début de l'après-midi, le groupe Cruewell s'était approché des zones de Gazala et de Sidi-Mouftah. L'effet de surprise passé une bataille commençait rarement à cette heure de la journée - les soldats de la VIIIe armée prirent leurs positions de combat. En revanche, au quartier général, près de Gambout, on ne s'étonna guère ni de l'heure ni de l'apparente direction de l'offensive ennemie. Des patrouilles à terre et des reconnaissances aériennes avaient signalé d'importantes concentrations de troupes au sud et à l'est de Tmimi depuis quelques jours.
Il fallait cependant tenir compte d'autres rapports contradictoires et, en fin de journée, le 26 mai la VIIIe armée décida de considérer la démonstration de Cruewell comme l'assaut principal. Ainsi, bien que Rommel eût manqué son effet de surprise, ses adversaires ne comprirent pas complètement ce qui leur crevait les yeux. Du moins la VIIIe armée était-elle sur ses gardes quand le choc principal s'abattit sur elle.
Le clair de lune dont Rommel avait besoin pour guider ses chars permit aux voitures de reconnaissance de la VIIIe armée de repérer le mouvement de l'ennemi vers le sud et de le signaler. La lumière argentée n'empêcha toutefois pas la division « Trieste » de s'égarer complètement ; au lieu de faire route sur Bir-Hakeim, cette formation se jeta tout droit sur le centre de résistance de la 150e brigade dont les chefs de l'Axe ignoraient la nouvelle implantation.
L'arrivée de l'ennemi au sud de Bir-Hakeim aux premières heures de la matinée du 27 ne causa donc qu'une demi surprise. Ce qui n'empêcha pas Rommel de jeter sa 21e division de panzers et la division « Ariete » contre l'infortunée 3e brigade motorisée indienne, à 6 h 30, et de la disperser. Continuant plus avant, la 90e division légère se fraya un chemin à travers la position de Retma et la 7e brigade motorisée s'échappa de justesse vers Bir-el Goubi. Ainsi donc, tous les engagements préliminaires du 27 dans le Sud se déroulaient selon les prévisions de Rommel.
On pourrait penser que les avertissements reçus avaient permis à la VIIIe armée de prendre des contre-mesures efficaces, mais elle n'en fit rien. La 4e brigade blindée tenta de secourir ce qui restait de la brigade motorisée indienne, mais elle offrit ainsi imprudemment son flanc droit à la 15e division de panzers, à l'affût. Une mêlée s'ensuivit, où les deux adversaires subirent de lourdes pertes, mais ce furent les Britanniques qui reculèrent pour aller se reformer près d'El-Adem, poursuivis par des éléments de la 90e division légère. D'autres coups du sort accablèrent les unités blindées britanniques au cours de la journée. Une colonne allemande eut la chance de tomber sur le quartier général de la 7e division blindée, dont la majeure partie fut faite prisonnière, y compris son chef, le général Messervy - qui devait s'échapper peu après. Peu de temps auparavant, le général Lumsden avait donné ordre à la 1e division blindée de porter secours à la 7e. La 22e brigade blindée tomba à son tour sur la 15e et la 21e divisions de panzers réunies et, après avoir perdu une trentaine de chars, se replia sur Knightsbridge. On aurait pu croire que tout allait bien pour Rommel, mais les poursuivants allemands se virent soudain attaquer sur leurs flancs, simultanément par la 2e brigade blindée et par la 1e brigade de chars. Les Allemands furent sérieusement accrochés et, à la tombée de la nuit, bien que Rommel eût poussé jusqu'à Bir-Lefa, un sur trois de ses chars était hors de combat. En outre, l'assaut initial de la division « Ariete » contre Bir-Hakeim avait été repoussé avec de lourdes pertes. Mieux encore, les convois de ravitaillement de l'Axe n'avaient pas encore donné signe de vie et la 15e division de panzers était déjà dangereusement à court d'essence.
Pendant les deux jours qui suivirent, la situation ne fit que s'aggraver pour l'Afrika Korps. Bien que Rommel eût repris hardiment sa marche en avant vers le nord, son seul succès au soir du 28 était marqué par la prise du centre de résistance « Commonwealth », écrasé après un dur combat livré par une garnison très inférieure en nombre. Partout ailleurs, la VIIIe armée avait tenu bon. La division « Ariete » avait eu légèrement le dessous dans un rude combat contre la 2e brigade blindée près de Bir-el-Harmat, tandis que la 90e division légère se .voyait contrainte au repli au sud d'El-Adem par la 4e brigade blindée. Comme les jours précédents, la faible visibilité empêchait dans les deux camps des opérations aériennes de grande envergure. Le général Ritchie commençait toutefois à sentir un doux parfum de victoire car 330 chars de la VIIIe armée étaient encore intacts et l'Intelligence Service estimait que Rommel devait maintenant en avoir moins de 250.
Puisque Mahomet...
Rommel était loin d'être satisfait de sa position. Ce qui l'attendait, à première vue, c'était un désastre complet. Gênées par le tir des patrouilles et par l'artillerie de la 150e brigade, les divisions « Pavia » et « Trieste » peinaient pour ouvrir des pistes à travers les champs de mines britanniques et, à moins que du ravitaillement ne parvint aux panzers dispersés, les Allemands n'auraient bientôt plus d'autre solution que de renoncer à leur offensive ou même de capituler en échange` de six camions-citernes d'eau !

C'était dans des moments tragiques de ce genre que les plus remarquables qualités de chef de Rommel se manifestaient. Après avoir ordonné une reconcentration des forces pour le 29, il laissa ses équipages de chars assoiffés et - partit à la recherche de ses convois égarés. Au milieu de la nuit, il trouva ce qu'il cherchait, grimpa dans la cabine du camion de tête et dirigea lui-même le convoi vital vers l'Afrika Korps, sans commettre la moindre erreur de direction malgré la tempête de sable qu'il rencontra sur sa route. A l'aube, une vie nouvelle se répandait dans les divisions de panzers à mesure que l'eau, le carburant et les munitions étaient rapidement distribués. A 6 heures, l'Afrika Korps était de nouveau en formation de combat.
Le 29 mai 1942 fut une journée de combats nombreux mais confus. Tandis que Rommel refaisait le plein de ses chars, la division « Sabratha » lançait contre la 1"e division sud-africaine une puissante attaque qui se termina par un échec sanglant et plusieurs centaines de soldats italiens furent capturés. Presque tout le reste de la journée, Rommel essaya de regrouper ses blindés au sud-ouest de Knightsbridge. Et quand la 2e brigade blindée chercha à intervenir, elle fut attaquée elle-même de trois côtés à la fois. Sur quoi, des unités de la 22° brigade blindée volèrent à son secours et, au crépuscule, aucun des adversaires n'avait pris l'avantage.
Après avoir étudié la situation à nouveau, le commandant en chef allemand décida sagement d'abandonner son plan initial. L'opération était maintenant commencée depuis quatre jours, aucun espoir d'atteindre Tobrouk - l'objectif au départ - n'était plus permis dans l'immédiat, et Rommel décida de se cantonner dans la défensive. Faisant preuve d'une belle souplesse d'esprit, le général allemand repensa sa stratégie ; puisque Mahomet ne pouvait aller à la montagne, c'est la montagne qui viendrait à Mahomet. Les messages codés vibrèrent sur les antennes du quartier général avancé de l'Afrika Korps. Toutes les unités importantes devaient faire mouvement vers l'ouest et se diriger vers un rendez-vous général près de la bordure orientale du champ de mines britannique. Des corridors devaient être frayés sans délai à travers ce champ pour les convois de ravitaillement, puis Rommel se tiendrait aux aguets et attendrait l'inévitable contre-offensive de l'adversaire. Un e rideau de fer » - canons antichars et canons de D.C.A. de 88, épaulés par l'artillerie, regroupée, de l'Afrika Korps devait créer un écran de protection autour des unités blindées en train de récupérer. Le maréchal Kesselring, venu en inspection, prit, sur l'insistance de Rommel, le commandement du groupe Cruewell et le colonel Bayerlein fut nommé chef d'état-major de l'Afrika Korps.
En d'autres termes, Rommel offrait délibérément l'initiative à Ritchie. C'était la stratégie la plus inhabituelle que l'on pût adopter, mélange habile de ruse et de désespoir. Le premier assaut de Rommel avait failli mener l'Afrika Korps au désastre. Sa nouvelle position n'était d'ailleurs ni solide ni confortable. Non seulement ses flancs et ses arrières étaient sur le champ de mines britannique, mais en plein milieu de la H marmite du diable » (nom qui devait être bientôt donné à ce secteur) se trouvait le centre de résistance tenu par la 150' brigade. Entièrement encerclé, donc, Rommel attendait de voir ce qu'il pourrait faire, convaincu que la puissance de son artillerie lourde anéantirait toute attaque anglaise, avant même qu'elle pût atteindre ses précieux panzers. Une nouvelle phase, encore plus dramatique, de la bataille de Gazala s'ouvrait.
On se bat dans la « marmite du diable
Quand lui parvint la nouvelle que l'Afrika Korps faisait mouvement vers l'ouest, le général Ritchie fut naturellement enchanté. Le « Renard du désert » paraissait accepter sa défaite. Bir-Hakeim résistait farouchement, le centre de résistance de la 150e brigade était intact ! Aussi peut-on comprendre que le chef britannique ait envisagé l'hypothèse d'un Rommel pris au piège dans le champ de mines et réduit en miettes par les canons de la VIIIe armée...
En plein milieu de la nuit du 29 au 30 mai, le silence du désert fut troublé par des salves sporadiques d'artillerie et par les grondements des moteurs des unités de Rommel qui faisaient mouvement dans la « marmite ». Plus loin à l'ouest, les hommes du génie allemand étaient de nouveau à l'oeuvre. Au matin du 30, le fruit de leur labeur apparut sous la forme d'un étroit corridor percé dans le champ de mines. L'Afrika Korps s'était ménagé une mince ligne de communication avec les Italiens. Si ce passage pouvait être maintenu, les problèmes d'intendance les plus pressants de Rommel seraient presque résolus.
Presque... Le chef allemand -fut, en effet, contrarié d'apprendre l'existence d'une position anglaise non encore décelée au coeur de ses positions, à distance de tir de sa précieuse ligne de ravitaillement. Voici comment Bayerlein a relaté, quelques années plus tard, ces journées critiques : « Nous étions vraiment dans une situation désespérée, adossés à un champ de mines, sans vivres, sans eau, sans carburant, avec très peu de munitions, sans passage à travers les mines pour nos convois ; Bir-Hakeim résistait toujours et nous empêchait de recevoir du ravitaillement du sud ; de plus, nous subissions d'incessantes attaques aériennes. »
En conséquence, Rommel décida de diriger tous ses efforts contre la 150e brigade, comptant sur son barrage d'artillerie pour repousser toute contre-attaque de la VIIle armée. Il importait d'en finir avant que Ritchie frappât.
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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:48

Les visiteurs du soir
La bataille du centre de résistance de la 150e brigade fut en elle-même une petite épopée. Il faut en rendre justice au général Haydon et à ses trois bataillons du Nord (4' bataillon du régiment du Yorkshire de l'Est, 4e et 5e bataillons des Green Howards), renforcés par le régiment royal d'artillerie de campagne et la 232e compagnie du génie. S'ils n'ont commencé à supporter le choc des forces de l'Axe que le 30, les premiers jours de la bataille ne les avaient pas vus inactifs. Presque dès le début, la brigade s'était trouvée entourée d'ennemis et les artilleurs du secteur avaient passé leur temps à pointer sans cesse leurs pièces sur des objectifs très dilués. Le général Haydon s'était bientôt rendu compte qu'une attaque massive de l'ennemi contre sa position n'était plus qu'une question d'heures, aussi avait-il retranché ses forces dans le centre de résistance dès le troisième jour de la bataille. Il y eut de nombreuses patrouilles le 29, mais l'assaut adverse ne se produisait toujours pas et l'arrivée de trente chars de l'escadron B, du 44e Royal Tank Régiment fort bienvenus, représenta le seul événement de ce jour. La brigade n'en était pas moins dans une situation peu enviable. Elle se trouvait regroupée à respectivement 11 et 15 kilomètres des trigh Capuzzo et El-Abd, positions alliées les plus proches au nord et au sud, et les munitions commençaient déjà à manquer. Les tirs des canons de 25 livres étaient limités à 25 obus par jour et par pièce.
Finalement, le 30 à l'aube, les attaques de l'ennemi furent déclenchées contre tous les secteurs, Rommel rameutant ses blindés à proximité immédiate des positions de la 150e brigade. Le génie fut le premier submergé, mais une courageuse et coûteuse contre-attaque des chars « I » (d'infanterie) réussit à limiter la percée, et toutes les autres positions tinrent bon. « Bravo ! » s'exclama le général Ritchie cette nuit-là ; mais il continua à ne pas exécuter les opérations de dégagement promises. Après une nuit de patrouilles incessantes destinées à empêcher l'ennemi de déminer avant l'assaut du lendemain, l'aube se leva sur une garnison sous les armes dans ses tranchées et ses servants de mitrailleuses aux pièces.
Des attaques ennemies furent bientôt signalées dans tous les secteurs et, pas à pas, les courageux défenseurs durent se replier devant une supériorité numérique écrasante. L'ardeur su combat ne fléchit pourtant pas et, après une journée qui compta six assauts distincts, la 150` brigade, à la tombée de la nuit, tenait toujours malgré de lourdes pertes et l'épuisement des munitions des canons de 25 livres.
En cinq jours de combat, les stocks prévus trois semaines avaient été épuisés. Les survivants se regroupèrent dans deux petites zones et la nuit s'écoula dans un calme relatif malgré le bruit des nombreux chars en mouvement. II n'y eut qu'un seul incident : deux officiers allemands, dans une voiture de l'état-major, pénétrèrent par erreur dans une des positions des Green Howards.
« Merci pour le sport... »
Aux premières lueurs du jour, le 1er juin, l’assaut ennemi reprit avec force. Des « Stuka » piquèrent en hurlant et la terre trembla sous les coups de leurs bombes. Un nuage de fumée et de poussière recouvrit bientôt la 150e brigade. Avec l'appui de leurs bombardiers, les chars allemands avancèrent une fois de plus. La valeureuse brigade allait succomber. Ce n'était plus qu'une question de temps. Il ne restait, dans son périmètre, qu'un peu d'eau et de vivres et presque plus de munitions. Les postes étaient progressivement submergés ; acculés, les artilleurs anglais détruisaient leurs canons les uns après les autres. Les derniers coups de feu furent tirés à 14 heures, quand le poste que tenait la compagnie B du 5e Green Howards fut pris finalement par l'ennemi. La plupart des survivants furent faits prisonniers.


Le centre de résistance principal de la 150e brigade avait donc cessé d'exister et Rommel contrôlait la « marmite ». Pourtant, le sacrifice des hommes des bataillons du Nord n'avait pas été totalement inutile pendant presque soixante-douze heures, toute l'attention de Rommel avait été retenue par cette position isolée ; malheureusement, la VIIIe armée ne sut pas tirer le moindre parti de cette diversion. La résistance aurait pu se prolonger bien davantage si seulement les stocks de munitions avaient été plus élevés et si les opérations de dégagement efficaces ne s'étaient pas fait attendre. Bayerlein le reconnut en' présence du général Young, après la guerre : « Tout dépendait de la 150e brigade à Got-el-Oualeb... Si nous ne l'avions pas battue, le 1er juin, vous auriez capturé tout l'Afrika Korps. »

Ainsi la VIIIe armée, en général, et la 50e division du Northumberland, en particulier, pouvaient-elles être fières de la résistance acharnée, bien que désespérée, des hommes de la 150e brigade.
La position de Rommel était à présent plus solide ; il avait des routes de ravitaillement ouvertes derrière lui, et la remise en condition de ses unités était presque terminée. Il pouvait donc choisir maintenant son heure pour repartir à l'attaque. Il préféra cependant attendre. Bir-Hakeim, en effet, tenait toujours au sud, et le général Ritchie ne croyait pas la situation générale trop grave. Auchinleck, au Caire, n'était pas aussi optimiste : « Ce n'est pas sans inquiétude que je constate la destruction de la 150e brigade et la consolidation par l'ennemi d'une enclave large et profonde dans vos positions. » Auchinleck soulignait la nécessité de porter un grand coup pour ébranler la tranquillité de Rommel avant que la situation du général Koenig à Bir-Hakeim devînt tout à fait intenable. En dépit de cet excellent conseil, les premières tentatives de la VIIIe armée pour se frayer un chemin dans la « marmite » (1er et 2 juin) s'écrasèrent contre le barrage d'artillerie de Rommel. Au même moment, de fortes tempêtes de sable maintenaient au sol les forces aériennes britanniques. En fait, le 2, Rommel se sentit assez sûr de sa position d'ensemble pour donner ordre à la 90e division légère et à la division « Trieste » de faire mouvement vers le sud pour porter secours à la division «Ariete», fortement éprouvée à Bir-Hakeim. Tout n'allait pourtant pas comme l'eût voulu Rommel. Des patrouilles anglaises et sud-africaines retardaient par leur mordant le passage des convois dans les couloirs frayés à travers le champ de mines. Enfin, une accalmie dans la tempête de sable permit à la R.A.F. d'effectuer des sorties « payantes » le 2, surtout du côté de Bir-Hakeim.
La conductrice du général
Les deux camps se préparaient pour une nouvelle phase de la bataille. Elle commença le 5 juin, quand la VIIIe armée déclencha enfin une attaque d'envergure contre la « marmite ». Elle fut malheureusement fort mal préparée et l'opération « Aberdeen a fut un fiasco dû essentiellement à un manque de coordination. L'absence d'un P.C. opérationnel au sein de la VIIIe armée condamnait l'attaque virtuellement dès le départ, tandis que de grossières erreurs des services de renseignements sur la localisation des positions principales de Rommel engendrèrent la confusion et entraînèrent de lourdes pertes. Tout parut d'abord se dérouler normalement. Les bataillons de tête atteignirent leurs objectifs sans rencontrer de réelle résistance, mais ils s'aperçurent bientôt qu'ils égratignaient à peine les défenses de Rommel, situées bien plus à l'ouest. Au cours de son avance, la 22e brigade blindée se jeta sous la grêle d'acier des canons de 88 antichars que Rommel avait habilement placés. Des colonnes de fumée épaisse s'élevèrent bientôt dans le ciel du désert, les survivants se virent pourchasser vers le nord et l'infanterie resta dangereusement dépourvue de tout soutien. Au même moment, l'attaque de diversion du 13e corps contre la crête de Sidra échouait.
Au début de l'après-midi, Rommel estima l'heure venue. Débouchant de la « marmite m, ses chars, jusque-là jalousement tenus en réserve, débordèrent bientôt deux quartiers généraux tactiques anglais et la 21e division de panzers fonça vers Knightsbridge. A partir de ce moment, le contrôle des opérations échappa totalement aux Britanniques et la contre-attaque du général Ritchie, qu'on avait si longtemps attendue, tourna à l'échec complet. Au crépuscule, toutes les unités britanniques qui avaient pénétré dans la « marmite » avaient été écrasées, y compris quatre régiments d'artillerie de campagne ; la VIIIe armée comptait 6 000 tués, blessés ou disparus. Rommel affirmait avoir capturé 4 000 prisonniers et pris 150 chars.
Qu'allait faire Rommel maintenant? S'arrêter pour regrouper ses troupes, foncer vers Tobrouk ou virer vers le sud et en finir avec Bir-Hakeim ? C'est la troisième solution qu'il choisit. Le 8, donc, la 15e division de panzers fut détachée pour épauler « Trieste » et la 90e division légère, qui étaient loin d'avoir neutralisé les Forces françaises libres. Des vagues de bombardiers en piqué pilonnèrent les positions du général Koenig, mais Ritchie lui avait donné comme instructions de s'accrocher le plus possible. Pour le soutenir, les forces aériennes du désert firent 500 sorties dans la seule journée du 8, mais la raréfaction des munitions et des vivres ne pouvait être indéfiniment ignorée. Aussi, la VIIIe armée autorisa le général Koenig, le 10 juin, à évacuer le réduit en couvrant sa sortie par une attaque de diversion montée par le 30e corps. L'évacuation fut effectuée dans la nuit, de main de maître. La conductrice anglaise du général Koenig le fit sortir en beauté de Bir-Hakeim et, sur les 3 600 hommes de son unité, 2 700 se replièrent.

Les silences de Ritchie
Ce n'était pas un mince exploit, mais abandonner Bir-Hakeim, c'était avouer qu'une bonne moitié de la ligne de Gazala avait cessé d'exister. L'héroïque résistance de quatorze jours des hommes de Koenig avait cependant infligé de sérieuses pertes à leurs adversaires et obligé Rommel à retarder son assaut principal de plusieurs jours. Il était indéniable, cependant, que Rommel avait gagné la phase « marmite » de la bataille de Gazala. Ritchie refusa néanmoins de se résoudre à abandonner ce qui restait de la ligne de Gazala et à regrouper la VIIIe armée sur un front Acroma - El-Adem - Birel-Goubi.
La VIIIe armée, à ce moment critique, contrôlait encore la partie nord de la ligne de Gazala, qui s'étendait jusqu'à la Méditerranée. La plus grande partie des défenses est-ouest étaient intactes et un nouveau champ de mines venait d'être posé entre Acroma et la mer. Il restait encore 250 chars aux Britanniques, mais la perte de sept régiments d'artillerie de campagne se faisait durement sentir. De toute évidence, Rommel avait maintenant l'initiative. Il ne pouvait certes compter que sur 120 chars allemands et 60 chars italiens, mais il disposait toujours d'un bon nombre de Mark-111 (spéciaux) et d'une demi-douzaine de Mark-IV - les « rois du champ de bataille ». Il décida en conséquence d'exterminer le 30e corps et ordonna une double percée hors de la « marmite » pour le 11 juin. La 21e division de panzers devait se diriger vers la crête de Sidra, tandis que la 15e division de panzers et la 90e division légère fonceraient vers El-Adem.
Dès qu'il apprit, par ses services, l'exécution de ces deux mouvements divergents, le général Norrie crut qu'il avait enfin l'occasion de porter un grand coup : ses adversaires lui donnaient peut-être l'occasion de les battre l'un après l'autre. Pourtant, le coup des Britanniques ne fut pas porté. Le général Messervy, l'homme clé, fut attaqué alors qu'il se rendait à la réunion des commandants et disparut pendant plusieurs heures. Avant son retour, Rommel poussait ses troupes dans une série d'attaques heureuses contre les 2° et 4e brigades blindées. La R.A.F. eut beau, ce jour-là, effectuer 600 sorties contre les colonnes de Rommel, la 90e division légère n'était, à la tombée de la nuit, qu'à quelques kilomètres d'El-Adem, avec les deux autres divisions de panzers échelonnées sur sa gauche.
Les deux jours suivants virent le point culminant de la bataille de chars. Rommel, avec une infinie souplesse, renouvelait son schéma tactique éprouvé, qui consistait à attirer peu à peu les blindés anglais vers son écran de canons antichars, puis à déchaîner ses panzers sur les survivants. Les Anglais se battirent magnifiquement. Cependant, le 12, au crépuscule, le 30e corps était pratiquement anéanti et le général Gott jugea nécessaire de donner l'ordre d'évacuer Knightsbridge. II ne restait plus aux Britanniques que 70 chars en état de marche.
C'est alors que le général Ritchie prit enfin conscience de l'imminence de la défaite. Il était personnellement d'avis de faire immédiatement retraite vers la frontière égyptienne et ce, depuis plusieurs jours déjà. Maintenant, il était un peu tard. Downing Street, pendant ce temps, avait vu la situation de la VIII' armée s'aggraver avec une inquiétude croissante et Winston Churchill ne facilita pas la tâche à Ritchie en lui adressant ce message : « Votre décision de lutter jusqu'au bout est très chaudement approuvée.
Le 14 au matin, cependant, Ritchie avait décidé de donner l'ordre d'abandonner ce qui restait de la ligne de Gazala. La l" division sud-africaine devait faire mouvement vers l'est dans la journée du 14, suivie, dix heures plus tard, par la 50e division. Mais que faire de Tobrouk ? Ritchie était d'avis de laisser investir la ville, au moins provisoirement, en soutenant la garnison avec une unité mobile près d'El-Adem, afin de donner à la VIII' armée le temps de se regrouper au delà de la frontière. Mais Auchinleck ne voulait plus entendre parler d'un nouveau siège. « Nous devons tenir Tobrouk... », déclara-t-il. L'idée du Caire était de créer une ligne allant d'Acroma à El-Adem et Bir-el-Goubi, assurant ainsi l'accès permanent à Tobrouk par la route côtière. Après une période très confuse d'échange de messages, Ritchie accepta, mais sans révéler à son chef l'état véritable de la VIII' armée. On perdit encore un peu plus d'un temps précieux et, de nouveau, les contradictions du commandement compromirent les chances de survie de la VIIle armée.
Entre-temps, le 13e corps se préoccupait de son salut. Pendant la nuit du 13 au 14 juin, les troupes de Rommel mirent tout en oeuvre pour couper la route côtière, mais elles furent repoussées par l'artillerie. Ritchie finit par ordonner la retraite, mais les chefs sur place n'avaient déjà plus le choix. Pour la 1ere division sud-africaine, la retraite fut relativement moins compliquée. Après avoir calmement détruit le plus possible de ses réserves, le général Pienaar commença d'évacuer son unité dans la matinée du 14. Une tempête de sable dissimula sa manoeuvre aux yeux des Allemands aux aguets, et le matin suivant, la division était près de Tobrouk avec des pertes relativement légères : 27 morts, 365 blessés et disparus.
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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:52

Un coup de poker
La situation de la 50e division (Northumberland), plus au sud, n'était pas aussi favorable que celle de sa voisine sud-africaine. Elle avait déjà perdu le tiers de ses effectifs (la 150e brigade). A présent, avec les Italiens devant et les Allemands sur ses arrières, le général Ramsden se trouvait dans une position peu enviable. Les dix heures de délai n'avaient guère amélioré sa situation ni ses perspectives. En revanche, ses deux groupes de brigade étaient relativement bien pourvus en carburant, en munitions et en moyens de transport, car le R.A.S.C. avait pu réapprovisionner les 69e et 151e groupes de brigade sur les énormes stocks de Tobrouk pendant les premières phases de la bataille. La division avait ainsi pu tenir la dragée haute aux Italiens et son moral n'en était que plus élevé, comme on peut en juger d'après la réaction de Ramsden à l'ordre de retraite du général Gott : « C'est un sale coup, dit-il, une très grosse déception. »
Pris dans une situation délicate, Ramsden et son état-major s'en tirèrent par une solution originale. Au lieu de faire retraite vers l'est, la division se scinda en deux groupes (subdivisés en plusieurs colonnes) et perça vers l'ouest à travers les lignes italiennes. Une fois que les deux têtes de pont furent établies et les deux corridors tracés, les colonnes s'écoulèrent à l'ouest et au sud, puis exécutèrent un large crochet autour de Bir-Hakeim, vers la frontière égyptienne, distante de 180 kilomètres. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce plan était un coup de poker, mais il eut pour lui l'avantage d'être peu orthodoxe et soigneusement préparé. Il fallait naturellement tenir compte des redoutables problèmes de circulation dans un désert dépourvu de tout point de repère, et de plus, de nombreux véhicules de trois tonnes disponibles se trouvaient dans un piteux état. On prévoyait toutefois que le gros des troupes au moins réussirait à s'échapper. Chaque véhicule reçut de l'essence pour 500 kilomètres.
A 4 heures, le 15, la percée vers l'ouest était terminée et la dernière arrière-garde commença bientôt son mouvement vers le sud. Le gros de la division contourna Bir-Hakeim et bénéficia, à sa surprise, pour s'orienter, des points de repère qu'offraient les lampes à arc des ateliers de campagne allemands. Quelques unités se dirigèrent au nord, vers la route de la côte, mais la plupart passèrent sans difficulté.
En définitive, 96 % des hommes de la division parvinrent à la frontière d'une façon ou d'une autre. De nombreux véhicules tombèrent en panne. Naturellement, les hommes étaient complètement épuisés à la fin de leur randonnée et la division avait perdu la plus grande partie de son matériel lourd. Mais cette unité fut rapidement en état de reprendre le combat.
Le vent glacé de la défaite
On peut comprendre l'euphorie de Rommel à l'époque. « Nous avons gagné la bataille et l'ennemi se débande », disait un bulletin du 15. Il ne restait plus qu'à s'emparer de Tobrouk et à pousser les débris des troupes épuisées de Ritchie vers la frontière. Toutefois, les Allemands n'avaient pas de temps à perdre car le déclenchement de l'opération « Hercule » était proche. Des rumeurs rapportaient qu'une division de Nouvelle-Zélande faisait mouvement en provenance de Syrie et qu'une autre division blindée toute fraîche (la l0e) arrivait d'Egypte. En conséquence, Rommel déplaça ses blindés vers El-Douda et El-Adem et demanda à ses hommes, fatigués, mais joyeux, un nouvel effort décisif.


Pendant ce temps, le général Ritchie essayait désespérément de sauver les débris de son armée. Ce n'est que le 16 qu'il reçut du Caire l'autorisation d'abandonner Tobrouk à son isolement. Ritchie espérait encore que le 13e corps pourrait tenir ladite « forteresse » et ses défenses extérieures, pendant que le 30e corps - ce qu'il en restait demeurerait sur la défensive à l'extérieur du périmètre et fournirait par la même occasion une garnison pour les défenses frontalières. A cet effet, les rescapés des forces du général Norrie furent groupés en neuf « colonnes écossaises » (chacune pourvue d'une batterie de canons de 25 livres) ; de même, le commandement partagea les divisions d'infanterie en deux éléments, un élément mobile et une arrière-garde statique.
Le vent glacé de la défaite soufflait maintenant sur la VIIIe armée. Ritchie, toujours optimiste, parlait de tenir El-Adem et de s'accorder une pause pour attendre des renforts du delta, mais les officiers du front étaient plus pessimistes. De fait, dans la nuit du 16 au 17, le général Norrie donna l'ordre d'abandonner El-Adem après une journée d'intenses attaques ennemies. Cette décision faisait sauter une des pierres angulaires de la défense de Tobrouk. Pendant ce temps, la 4e brigade blindée se battait farouchement près de Sidi-Rezegh, mais en fin de journée, la 17, elle n'avait plus que 48 chars, dont la plupart à bout de course. Il ne restait à Norrie d'autre solution que d'abandonner Gambout, la voie ferrée et les stocks de Belhamed.
Tobrouk doit tenir
Auchinleck pouvait toujours envisager de tenir la ligne Tobrouk - El-Adem - Birel-Goubi, la VIIIe armée n'en était plus capable. Tobrouk devrait assurer seul sa défense.
A l'intérieur des 50 kilomètres du périmètre de la « forteresse de Tobrouk », la garnison se tenait prête à essuyer la tempête. Mais les espoirs de renforts étaient minces, malgré les multiples promesses.
La défense fut confiée au commandant récemment promu (le 14 mai) de la 2e division sud-africaine, le général Klopper. Officier d'état-major à l'époque de la prise de Bardia, son expérience des réalités de la guerre du désert était relativement récente. Son état-major n'était guère plus expérimenté. Il en résulta qu'aucun plan de rechange, en cas de difficultés imprévues, ne semblait avoir été mis sur pied. On ne manquait cependant ni d'hommes, ni de vivres, ni de matériel dans le périmètre. Outre la division sud-africaine, Tobrouk pouvait compter sur la 32e brigade de chars, la 29e brigade des Guards et la l le brigade d'infanterie indienne, sans oublier trois régiments d'artillerie de campagne et deux d'artillerie moyenne, soit plus de 35 000 hommes et au moins 2 000 véhicules de tout modèle. Il ne se posait pas de problème de ravitaillement. En vue du « grand rush , vers la Cyrénaïque occidentale, on avait en effet stocké plus de 2 millions de litres d'essence, 130 000 obus de 25 livres et plusieurs millions de rations - de quoi tenir pendant au moins trois mois.
Mais il y avait un revers à la médaille. Comme il a déjà été dit, on avait négligé l'entretien de vastes secteurs dans les défenses, notamment le fossé antichars, et laissé de larges brèches dans les champs de mines. En second lieu, la perspective d'un support aérien s'évanouit rapidement quand les forces aériennes du désert évacuèrent en toute hâte leur base avancée près de Gambout pour se rabattre sur le terrain de Sidi-Barrani. Dès lors, Tobrouk cessait d'être à portée des opérations aériennes. Troisièmement, on ne pouvait guère compter sur le soutien de la Royal Navy. Enfin, le général Klopper manquait de l'arme qui aurait pu pallier en partie ces déficiences : le canon antichars. Pour faire face à un assaut des blindés ennemis, la garnison ne disposait que de quinze canons de 6 livres et de quarante canons de 2 livres.
Le 18 juin, Tobrouk était totalement investi. L'Afrika Korps s'approcha au plus près du périmètre, appuyé par la division « Ariete », pendant que le génie allemand ouvrait de nouveaux couloirs à travers le champ de mines dégarni. A la demande pressante de Ritchie, le général Auchinleck s'envola du Caire pour la frontière. Les deux hommes mirent au point un plan conforme aux possibilités réelles de la VIIIe armée. Le 13e corps avait à présent pour mission de tenir la frontière pendant que les « colonnes écossaises » feraient leur possible pour se rapprocher de Tobrouk. Le 30e corps n'était évidemment pas en état d'agir. Aussi fut-il mis en réserve près de Marsa-Matrouh pour se refaire.
Rommel maréchal
Le coup que l'on attendait de Rommel fut assené le 20 juin. Adoptant pour son attaque principale le secteur du périmètre qu'avait choisi O'Connor lui-même en 1941, Rommel déchaîna un furieux bombardement en piqué auquel participèrent 150 avions de tout modèle et le fit suivre immédiatement, à 8 heures, par une attaque groupée de trois divisions blindées. La garnison riposta avec acharnement, mais Rommel avait tous les atouts en main. Au milieu de la matinée, les Allemands avaient progressé d'environ un kilomètre et la 90e division légère avait repoussé sans difficulté une tentative de diversion du 13e corps du côté de Sidi-Rezegh. A 16 heures, les Allemands étaient maîtres de l'aérodrome, et trois heures plus tard, la 21e division de panzers fonçait dans les rues de Tobrouk vers le port où l'on s'efforçait, avec l'énergie du désespoir, de tout démolir. Au couchant, les restes de l'unité de Klopper commencèrent à se regrouper dans la partie ouest du périmètre. En fait, la « forteresse » de Tobrouk, qui avait autrefois soutenu un siège de huit mois, était tombée entre les mains de Rommel en moins d'une journée.
Le général Klopper fit ce qu'il put pour organiser la dernière résistance, mais il se trouva sévèrement handicapé par la décision qu'il avait prise, dans le courant de la journée, de détruire l'équipement radio de son quartier général. Finalement, le contact radio avec la VIIIe armée fut rétabli, ce -qui ne servait pas à grand-chose. Ritchie promit encore des renforts, mais personne ne s'y trompa. A l'aube du 21, Klopper envoya un message qui sonnait le glas de Tobrouk : « Renvoie les troupes mobiles cette nuit. Impossible tenir demain. Troupes mobiles presque anéanties. Véhicules capturés par l'ennemi. Résisterons jusqu'au dernier homme et la dernière cartouche. »C'était la fin. En un dernier geste de défi, de courageuses tentatives furent faites pour détruire les stocks emmagasinés dans le secteur ouest. Un groupe de volontaires passa des heures à crever les bonbonnes d'essence et à laisser le précieux liquide se perdre dans les sables du désert, mais à la fin, leurs bottes, rongées, les laissant pieds nus, ils durent renoncer. Klopper ne pouvait plus rien. A 8 heures, il envoya des parlementaires demander à Rommel ses conditions et bientôt, les unités commencèrent à se rendre les unes après les autres aux troupes allemandes, couvertes de poussière mais victorieuses.
Quelques petits groupes se frayèrent un chemin à travers les forces de l'Axe et rejoignirent les lignes britanniques. Mais pour le général Klopper et pour quelque 33 000 hommes, l'avenir se limitait désormais aux camps de prisonniers. Dans le nombre se trouvaient 19 000 Britanniques, environ 9 000 Blancs sud-africains et 5 000 Indiens et Noirs d'Afrique du Sud. Rommel récupéra intactes 2 000 tonnes d'essence, plus de 5 000 tonnes de vivres, des quantités de munitions (en partie allemandes et italiennes) et presque 2 000 véhicules en état de marche. Il gagna aussi un port, endommagé certes mais néanmoins essentiel et de vastes installations de filtrage d'eau.
D'après les rapports allemands, Rommel avait, en contrepartie, perdu 3 360 hommes (du 26 mai au 21 juin) - soit environ 15 % des forces de l'Afrika Korps à l'origine. Ces chiffres ne tiennent pas compte naturellement des pertes italiennes, légèrement inférieures. Mais l'Afrika Korps déplorait la perte de 300 officiers, soit 70 % de ses cadres.
Rommel annonça son triomphe par un message laconique : « La forteresse de Tobrouk a capitulé. Toutes les unités vont se regrouper et se préparer à une avance ultérieure. » Vingt-quatre heures plus tard, Rommel, promu maréchal, allait se trouver sur la frontière égyptienne. La VIIIe armée avait - presque - touché le fond.

La défaite et la honte
Churchill se trouvait à Washington quand la bombe de la chute de Tobrouk éclata. Par un humiliant coup du sort, la nouvelle parvint aux services de renseignements américains avant que le War Office eût pu la communiquer au premier ministre. A Roosevelt incomba donc ce pénible devoir. Le président fut si ému par le chagrin sincère de son ami qu'il prit sur lui d'envoyer sur-le-champ 250 chars Sherman flambant neufs à l'armée du désert. Gazala eut au moins un résultat indirect favorable aux Alliés dans le désert de Libye. Mais c'était un bien maigre prix de consolation à l'époque.


Dans l'esprit de Churchill, seule la reddition de Singapour à l'armée japonaise, en février, avait porté un coup plus grave aux armes et au commandement britanniques. Voici comment il décrit la chute de Tobrouk : « Ce fut l'un des coups les plus sévères de la guerre dont je puisse me souvenir. Non seulement les conséquences militaires en furent désastreuses, mais la réputation de la Grande-Bretagne en souffrit. La défaite est une chose; la honte en est une autre. » C'était un coup terrible et ses répercussions se firent sentir amèrement en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud et en Australie.
La guerre du désert, déjà vieille de plus de deux ans, semblait terminée. A l'est de la frontière égyptienne, les unités de la VIIIe armée du général Ritchie commençaient à se regrouper. Le moral était évidemment très bas. La VIIIe armée avait été surclassée dans la tactique, dans la manoeuvre et dans le combat. Tandis que les hommes et les officiers, fatigués et découragés, de la 1ere division sud-africaine, des deux brigades survivantes de la 50e division et de la poignée d'éléments blindés survivants du 30e corps, autrefois si imposant, concentraient déjà leur énergie sur les préparatifs d'une bataille de position improvisée près de Marsa-Matrouh, peu d'entre eux auraient pu prévoir que le succès de Rommel allait se révéler plus superficiel que réel. Malgré les apparences contraires, rien n'était perdu dans le désert.

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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:53

Un coup de poker
La situation de la 50e division (Northumberland), plus au sud, n'était pas aussi favorable que celle de sa voisine sud-africaine. Elle avait déjà perdu le tiers de ses effectifs (la 150e brigade). A présent, avec les Italiens devant et les Allemands sur ses arrières, le général Ramsden se trouvait dans une position peu enviable. Les dix heures de délai n'avaient guère amélioré sa situation ni ses perspectives. En revanche, ses deux groupes de brigade étaient relativement bien pourvus en carburant, en munitions et en moyens de transport, car le R.A.S.C. avait pu réapprovisionner les 69e et 151e groupes de brigade sur les énormes stocks de Tobrouk pendant les premières phases de la bataille. La division avait ainsi pu tenir la dragée haute aux Italiens et son moral n'en était que plus élevé, comme on peut en juger d'après la réaction de Ramsden à l'ordre de retraite du général Gott : « C'est un sale coup, dit-il, une très grosse déception. »
Pris dans une situation délicate, Ramsden et son état-major s'en tirèrent par une solution originale. Au lieu de faire retraite vers l'est, la division se scinda en deux groupes (subdivisés en plusieurs colonnes) et perça vers l'ouest à travers les lignes italiennes. Une fois que les deux têtes de pont furent établies et les deux corridors tracés, les colonnes s'écoulèrent à l'ouest et au sud, puis exécutèrent un large crochet autour de Bir-Hakeim, vers la frontière égyptienne, distante de 180 kilomètres. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce plan était un coup de poker, mais il eut pour lui l'avantage d'être peu orthodoxe et soigneusement préparé. Il fallait naturellement tenir compte des redoutables problèmes de circulation dans un désert dépourvu de tout point de repère, et de plus, de nombreux véhicules de trois tonnes disponibles se trouvaient dans un piteux état. On prévoyait toutefois que le gros des troupes au moins réussirait à s'échapper. Chaque véhicule reçut de l'essence pour 500 kilomètres.
A 4 heures, le 15, la percée vers l'ouest était terminée et la dernière arrière-garde commença bientôt son mouvement vers le sud. Le gros de la division contourna Bir-Hakeim et bénéficia, à sa surprise, pour s'orienter, des points de repère qu'offraient les lampes à arc des ateliers de campagne allemands. Quelques unités se dirigèrent au nord, vers la route de la côte, mais la plupart passèrent sans difficulté.
En définitive, 96 % des hommes de la division parvinrent à la frontière d'une façon ou d'une autre. De nombreux véhicules tombèrent en panne. Naturellement, les hommes étaient complètement épuisés à la fin de leur randonnée et la division avait perdu la plus grande partie de son matériel lourd. Mais cette unité fut rapidement en état de reprendre le combat.
Le vent glacé de la défaite
On peut comprendre l'euphorie de Rommel à l'époque. « Nous avons gagné la bataille et l'ennemi se débande », disait un bulletin du 15. Il ne restait plus qu'à s'emparer de Tobrouk et à pousser les débris des troupes épuisées de Ritchie vers la frontière. Toutefois, les Allemands n'avaient pas de temps à perdre car le déclenchement de l'opération « Hercule » était proche. Des rumeurs rapportaient qu'une division de Nouvelle-Zélande faisait mouvement en provenance de Syrie et qu'une autre division blindée toute fraîche (la l0e) arrivait d'Egypte. En conséquence, Rommel déplaça ses blindés vers El-Douda et El-Adem et demanda à ses hommes, fatigués, mais joyeux, un nouvel effort décisif.


Pendant ce temps, le général Ritchie essayait désespérément de sauver les débris de son armée. Ce n'est que le 16 qu'il reçut du Caire l'autorisation d'abandonner Tobrouk à son isolement. Ritchie espérait encore que le 13e corps pourrait tenir ladite « forteresse » et ses défenses extérieures, pendant que le 30e corps - ce qu'il en restait demeurerait sur la défensive à l'extérieur du périmètre et fournirait par la même occasion une garnison pour les défenses frontalières. A cet effet, les rescapés des forces du général Norrie furent groupés en neuf « colonnes écossaises » (chacune pourvue d'une batterie de canons de 25 livres) ; de même, le commandement partagea les divisions d'infanterie en deux éléments, un élément mobile et une arrière-garde statique.
Le vent glacé de la défaite soufflait maintenant sur la VIIIe armée. Ritchie, toujours optimiste, parlait de tenir El-Adem et de s'accorder une pause pour attendre des renforts du delta, mais les officiers du front étaient plus pessimistes. De fait, dans la nuit du 16 au 17, le général Norrie donna l'ordre d'abandonner El-Adem après une journée d'intenses attaques ennemies. Cette décision faisait sauter une des pierres angulaires de la défense de Tobrouk. Pendant ce temps, la 4e brigade blindée se battait farouchement près de Sidi-Rezegh, mais en fin de journée, la 17, elle n'avait plus que 48 chars, dont la plupart à bout de course. Il ne restait à Norrie d'autre solution que d'abandonner Gambout, la voie ferrée et les stocks de Belhamed.
Tobrouk doit tenir
Auchinleck pouvait toujours envisager de tenir la ligne Tobrouk - El-Adem - Birel-Goubi, la VIIIe armée n'en était plus capable. Tobrouk devrait assurer seul sa défense.
A l'intérieur des 50 kilomètres du périmètre de la « forteresse de Tobrouk », la garnison se tenait prête à essuyer la tempête. Mais les espoirs de renforts étaient minces, malgré les multiples promesses.
La défense fut confiée au commandant récemment promu (le 14 mai) de la 2e division sud-africaine, le général Klopper. Officier d'état-major à l'époque de la prise de Bardia, son expérience des réalités de la guerre du désert était relativement récente. Son état-major n'était guère plus expérimenté. Il en résulta qu'aucun plan de rechange, en cas de difficultés imprévues, ne semblait avoir été mis sur pied. On ne manquait cependant ni d'hommes, ni de vivres, ni de matériel dans le périmètre. Outre la division sud-africaine, Tobrouk pouvait compter sur la 32e brigade de chars, la 29e brigade des Guards et la l le brigade d'infanterie indienne, sans oublier trois régiments d'artillerie de campagne et deux d'artillerie moyenne, soit plus de 35 000 hommes et au moins 2 000 véhicules de tout modèle. Il ne se posait pas de problème de ravitaillement. En vue du « grand rush , vers la Cyrénaïque occidentale, on avait en effet stocké plus de 2 millions de litres d'essence, 130 000 obus de 25 livres et plusieurs millions de rations - de quoi tenir pendant au moins trois mois.
Mais il y avait un revers à la médaille. Comme il a déjà été dit, on avait négligé l'entretien de vastes secteurs dans les défenses, notamment le fossé antichars, et laissé de larges brèches dans les champs de mines. En second lieu, la perspective d'un support aérien s'évanouit rapidement quand les forces aériennes du désert évacuèrent en toute hâte leur base avancée près de Gambout pour se rabattre sur le terrain de Sidi-Barrani. Dès lors, Tobrouk cessait d'être à portée des opérations aériennes. Troisièmement, on ne pouvait guère compter sur le soutien de la Royal Navy. Enfin, le général Klopper manquait de l'arme qui aurait pu pallier en partie ces déficiences : le canon antichars. Pour faire face à un assaut des blindés ennemis, la garnison ne disposait que de quinze canons de 6 livres et de quarante canons de 2 livres.
Le 18 juin, Tobrouk était totalement investi. L'Afrika Korps s'approcha au plus près du périmètre, appuyé par la division « Ariete », pendant que le génie allemand ouvrait de nouveaux couloirs à travers le champ de mines dégarni. A la demande pressante de Ritchie, le général Auchinleck s'envola du Caire pour la frontière. Les deux hommes mirent au point un plan conforme aux possibilités réelles de la VIIIe armée. Le 13e corps avait à présent pour mission de tenir la frontière pendant que les « colonnes écossaises » feraient leur possible pour se rapprocher de Tobrouk. Le 30e corps n'était évidemment pas en état d'agir. Aussi fut-il mis en réserve près de Marsa-Matrouh pour se refaire.
Rommel maréchal
Le coup que l'on attendait de Rommel fut assené le 20 juin. Adoptant pour son attaque principale le secteur du périmètre qu'avait choisi O'Connor lui-même en 1941, Rommel déchaîna un furieux bombardement en piqué auquel participèrent 150 avions de tout modèle et le fit suivre immédiatement, à 8 heures, par une attaque groupée de trois divisions blindées. La garnison riposta avec acharnement, mais Rommel avait tous les atouts en main. Au milieu de la matinée, les Allemands avaient progressé d'environ un kilomètre et la 90e division légère avait repoussé sans difficulté une tentative de diversion du 13e corps du côté de Sidi-Rezegh. A 16 heures, les Allemands étaient maîtres de l'aérodrome, et trois heures plus tard, la 21e division de panzers fonçait dans les rues de Tobrouk vers le port où l'on s'efforçait, avec l'énergie du désespoir, de tout démolir. Au couchant, les restes de l'unité de Klopper commencèrent à se regrouper dans la partie ouest du périmètre. En fait, la « forteresse » de Tobrouk, qui avait autrefois soutenu un siège de huit mois, était tombée entre les mains de Rommel en moins d'une journée.
Le général Klopper fit ce qu'il put pour organiser la dernière résistance, mais il se trouva sévèrement handicapé par la décision qu'il avait prise, dans le courant de la journée, de détruire l'équipement radio de son quartier général. Finalement, le contact radio avec la VIIIe armée fut rétabli, ce -qui ne servait pas à grand-chose. Ritchie promit encore des renforts, mais personne ne s'y trompa. A l'aube du 21, Klopper envoya un message qui sonnait le glas de Tobrouk : « Renvoie les troupes mobiles cette nuit. Impossible tenir demain. Troupes mobiles presque anéanties. Véhicules capturés par l'ennemi. Résisterons jusqu'au dernier homme et la dernière cartouche. »C'était la fin. En un dernier geste de défi, de courageuses tentatives furent faites pour détruire les stocks emmagasinés dans le secteur ouest. Un groupe de volontaires passa des heures à crever les bonbonnes d'essence et à laisser le précieux liquide se perdre dans les sables du désert, mais à la fin, leurs bottes, rongées, les laissant pieds nus, ils durent renoncer. Klopper ne pouvait plus rien. A 8 heures, il envoya des parlementaires demander à Rommel ses conditions et bientôt, les unités commencèrent à se rendre les unes après les autres aux troupes allemandes, couvertes de poussière mais victorieuses.
Quelques petits groupes se frayèrent un chemin à travers les forces de l'Axe et rejoignirent les lignes britanniques. Mais pour le général Klopper et pour quelque 33 000 hommes, l'avenir se limitait désormais aux camps de prisonniers. Dans le nombre se trouvaient 19 000 Britanniques, environ 9 000 Blancs sud-africains et 5 000 Indiens et Noirs d'Afrique du Sud. Rommel récupéra intactes 2 000 tonnes d'essence, plus de 5 000 tonnes de vivres, des quantités de munitions (en partie allemandes et italiennes) et presque 2 000 véhicules en état de marche. Il gagna aussi un port, endommagé certes mais néanmoins essentiel et de vastes installations de filtrage d'eau.
D'après les rapports allemands, Rommel avait, en contrepartie, perdu 3 360 hommes (du 26 mai au 21 juin) - soit environ 15 % des forces de l'Afrika Korps à l'origine. Ces chiffres ne tiennent pas compte naturellement des pertes italiennes, légèrement inférieures. Mais l'Afrika Korps déplorait la perte de 300 officiers, soit 70 % de ses cadres.
Rommel annonça son triomphe par un message laconique : « La forteresse de Tobrouk a capitulé. Toutes les unités vont se regrouper et se préparer à une avance ultérieure. » Vingt-quatre heures plus tard, Rommel, promu maréchal, allait se trouver sur la frontière égyptienne. La VIIIe armée avait - presque - touché le fond.

La défaite et la honte
Churchill se trouvait à Washington quand la bombe de la chute de Tobrouk éclata. Par un humiliant coup du sort, la nouvelle parvint aux services de renseignements américains avant que le War Office eût pu la communiquer au premier ministre. A Roosevelt incomba donc ce pénible devoir. Le président fut si ému par le chagrin sincère de son ami qu'il prit sur lui d'envoyer sur-le-champ 250 chars Sherman flambant neufs à l'armée du désert. Gazala eut au moins un résultat indirect favorable aux Alliés dans le désert de Libye. Mais c'était un bien maigre prix de consolation à l'époque.


Dans l'esprit de Churchill, seule la reddition de Singapour à l'armée japonaise, en février, avait porté un coup plus grave aux armes et au commandement britanniques. Voici comment il décrit la chute de Tobrouk : « Ce fut l'un des coups les plus sévères de la guerre dont je puisse me souvenir. Non seulement les conséquences militaires en furent désastreuses, mais la réputation de la Grande-Bretagne en souffrit. La défaite est une chose; la honte en est une autre. » C'était un coup terrible et ses répercussions se firent sentir amèrement en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud et en Australie.
La guerre du désert, déjà vieille de plus de deux ans, semblait terminée. A l'est de la frontière égyptienne, les unités de la VIIIe armée du général Ritchie commençaient à se regrouper. Le moral était évidemment très bas. La VIIIe armée avait été surclassée dans la tactique, dans la manoeuvre et dans le combat. Tandis que les hommes et les officiers, fatigués et découragés, de la 1ere division sud-africaine, des deux brigades survivantes de la 50e division et de la poignée d'éléments blindés survivants du 30e corps, autrefois si imposant, concentraient déjà leur énergie sur les préparatifs d'une bataille de position improvisée près de Marsa-Matrouh, peu d'entre eux auraient pu prévoir que le succès de Rommel allait se révéler plus superficiel que réel. Malgré les apparences contraires, rien n'était perdu dans le désert.

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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Dim 12 Juin - 22:58

PARTIE 3 : CARTES DE LA BATAILLE DE GAZALA
Phase 1 - La ligne de Gazala est tournée.
Les brigades du front du général Ritchie étaient déployées le long de la ligne de Gazala en un système de réduits reliés entre eux. Mais la ligne de Gazala avait un point faible son flanc sud, à Bir-Hakeim, s'ouvrait sur le désert et Rommel engagea la bataille en tournant largement la ligne de Gazala avec l'Afrika Korps, tandis que Cruewell et les Italiens attaquaient les autres fortifications de la ligne. Les éléments avancés de Rommel coupèrent des lignes de communication de la VIIIe armée. La garnison de Bir-Hakeim tint tête aux Allemands..


Phase 2 - Rommel attaque le bastion («Marmite du diable») de la 150e brigade.

Le général Bayerlein déclara par la suite :

« Pas un instant nous n'avions soupçonné son existence ; au soir du troisième jour, nous étions encerclés et presque à bout de carburant. » Quand les blindés de Rommel firent mouvement vers l'ouest dans la « marmite », Ritchie crut que Rommel serait pris au piège dans le champ de mines de Gazais. Rommel tenta alors d'écraser la 150e brigade. C'était le moment ou jamais, pour la VIIIe armée, de lancer une contre-attaque, mais Ritchie laissa passer l'occasion.


Phase 3 - Le combat contre le réduit de la 150e brigade.

Pendant presque soixante-douze heures, Rommel concentra tous ses efforts sur ce secteur vital. Mais, de nouveau, la VIIIe armée .laissa passer l'occasion de lancer une sévère contre-attaque. Dès le début de la bataille, la 150e brigade épuisa ses munitions prévues pour durer trois semaines. Tout se termina le 1er juin, un terrible bombardement par les « Stuka » ayant sonné l'hallali. Rommel avait réussi à s'assurer une voie de ravitaillement à travers la ligne de Gazala, mais Bir-Hakeim tenait encore sur le flanc sud du front.


Phase 4 - La percée de Rommel.

La contre-attaque de Ritchie vint trop tard. Rommel, .par une attaque furieuse, réduisit le 30e corps. Puis il fonça vers d'est pour isoler ce qui restait du centre de la VIIIe armée.


Phase 5 - L'assaut à Tobrouk.

Rommel ne parvint pas à couper la route côtière, mais, tandis que la Ville armée en déroute se dirigeait vers la frontière, il était décidé à éliminer Tobrouk sans perdre de temps. II fit sa percée vers le coin sud-est, comme O'Connor en 1941.


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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    Mar 20 Mar - 9:04

le mythe Rommel.avi

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MessageSujet: Re: Rommel à Tobrouk    

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Rommel à Tobrouk
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